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Laisser le temps à Kabila
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Pr Gérard Buakasa
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Depuis son arrivée au pouvoir, onze mois sont maintenant passés, Kabila et son équipe sont cernés, attaqués, harcelés de tous les côtés, de toutes parts. La question qu’on peut se poser est celle de savoir qui le harcèle, pourquoi et que faire.

1 Les harceleurs

Il y a près de sept groupes qui harcèlent Kabila et son nouveau régime :
a) les membres de l’ancien régime de Mobutu, qui n’ont pas désarmé;
b) l’ancienne opposition à Mobutu, convertie en opposition à Kabila;
c) les Organisations non-gouvernementales;
d) une fraction de la population de la province du Kivu, dans la mesure où cette province vit des difficultés de par sa position de province faisant frontière avec le pays voisin, le Rwanda ravagé par une guerre civile;
e) les puissances occidentales, dans la mesure où elles hésitent à accorder au régime de Kabila les prêts dont celui-ci a besoin pour mettre au point la reconstruction et le redémarrage du pays;
f) la presse internationale, dans la mesure où elle ne cesse de ternir l’image de Kabila, notamment par le recours incessant à l’expression malveillante de «président autoproclamé»;
g) enfin, l’ONU, dans la question de génocide présumé des réfugiés rwandais pendant la guerre de l’AFDL contre Mobutu et son régime.

2. Pourquoi donc cette hostilité?

J’ai deux réponses à cette question, l’une relevant d’une lecture traditionnelle de la situation de notre pays mais qui ne me paraît pas fondamentale, quoique cependant non dépourvue de quelque crédit, en tout cas en termes de tendance, de disposition de
l’esprit; l’autre me paraît plus vraie parce que très proche du contexte socio-historique du phénomène Kabila.

a) Réponse traditionnelle

Il semble que, hormis le cas de la population dans la province du Kivu qui relève de la guerre civile à la frontière, les autres cas témoignent d’une hostilité à Kabila en raison du programme de ce dernier, un programme relativement de gauche plutôt que de
droite. Il faut entendre cela non pas au sens de collectiviser l’économie, mais, en raison de ses sentiments Lumumbistes et panafricanistes, et cela même à l’intérieur d’une organisation sociale de type libéral; il a ainsi des dispositions d’esprit dans l’intérêt
de la population, pour un débat, une dynamique, une synergie interne capable d’une implosion au sein de la société, d’autant plus que la population de notre pays est déjà dynamique. Cette thèse vaut surtout pour les puissances et la presse internationales.

b) Réponse contextualisée

Ici, je vois Kabila apparaissant dans le décore politique congolais comme un phénomène : quelqu’un qui a surpris parce qu’il n’était pas attendu. Bien que les experts qui observent et suivent l’évolution de la situation en Afrique soient très intelligents, comme
d’ailleurs nos propres intellos, Kabila n’existait nulle part dans leur esprit, absent qu’il était du collimateur, des logiciels et de l’espace où les leaders congolais évoluaient jusque-là comme dans une réserve. Dès lors, il n’était pas un être normal, car ce n’était pas normal que le futur chef qui allait remplacer Mobutu soit hors de la réserve (excusez-moi le terme, car je ne cherche à blesser personne).

Refusant la surprise, certains de nos intellos, parce que cette thèse est là surtout pour l’opposition interne, arrivent parfois à se poser, en toute sincérité, la question de savoir si Kabila était intelligent. Simplement parce que, désillusionnés par leur intelligence
qui les a trahis, ils refusent d’accepter la réalité qui se présente devant leurs yeux au regard de leurs intérêts. Accepter la réalité, c’est non seulement faire injure à leur intelligence mais aussi reconnaître quelque part une perte. Quelle perte?

Jusque-là ils avaient élu domicile dans des possibilités ou rêves qu’ils voient maintenant sur vers une voie de garage et ne semblent pas rassurés pour l’avenir de leurs intérêts réels ou rêvés. C’est ainsi qu’à la faveur du manque d’empressement de la part des puissances internationales qui exigent de Kabila un programme des droits de la personne et de la démocratie, l’opposition et son intelligentsia se sentent encouragées à créer des difficultés à Kabila, au risque de marcher sur le chemin de l’ancien régime bâti par Mobutu, sans projet politique.

3. Que faire?

Je me permets de dire un mot à certains de nos groupes présentés au début de ce texte, qui manifestent de l’impatience, de l’énervement, de la méfiance ou de l’hostilité à l’endroit du nouveau régime.

a) L’opposition interne, qui a le droit d’exister car il est difficile - dans une société - que tout le monde ait les mêmes opinions, ne doit pas cependant jouer le jeu des étrangers; elle doit laisser le temps à Kabila de faire le travail qui l’a amené à chasser Mobutu , à savoir, créer les conditions d’un État de droit, de justice, d’équité, pour le développement, ces qualités de vie ne s’improvisant pas, l’improvisation relevant de l’irresponsabilité;
b) les organisations non-gouvernementales doivent comprendre que si au temps de Mobutu l’Etat était presque inexistant et qu’à ce titre elles avaient un rôle de suppléance, elles doivent aujourd’hui compter et collaborer avec un État en place qui se veut
responsable, ce qui, du reste, va les aider à se discipliner et demeurer dans leur rôle d’auxiliaire de la population, car, comme le dit bien quelque part mon ami le professeur Kimpianga, beaucoup d’ONG sont extraverties dans leur vision et leurs intérêts;
c) vis-à-vis des puissances extérieures, notre gouvernement est capable de faire sien le souci manifesté clairement par Mandela à l’attention de Bill Clinton.

Le danger que nous courons est que si le pouvoir actuel de notre pays est déstabilisé, je ne suis pas un prophète mais il n’est pas acquis que nous puissions vite retrouver la paix; il est au contraire probable que les protagonistes en présence ne parviennent pas de sitôt à la paix et que le chaos s’installe pour longtemps, à moins que nous ne tombions dans une autre dictature : dictature ou chaos, nous pouvons nous rappeler aussi bien le régime de Mobutu que celui des casques bleu de l’ONU : deux régimes de pillage.
Alors, je repose la question : pourquoi ne pas laisser le temps à Kabila qui est là comme un acquis pour reprendre notre chemin, celui de la reprise de l’initiative perdue?

Pr. Gérard Buakasa

Afdl – Canada

Secrétaire Général du Comité Exécutif Fédéral

kd491862@er.uqam.ca

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