Y a-t-il des raisons plutôt
pour Kabila que contre lui? La question ainsi posée est vague. Pour la rendre
intéressante et intelligente, il faut lui donner un paramètre ou point dappui. Je
propose comme paramètre le thème de développement. Mais, ici aussi, il convient
dabord de définir ce quon en entend par développement. Daprès les intellectuels des pays aujourdhui
développés, mais je ne citerai que deux, Karl Marx et Max Weber, le développement, dans
le cas de lOccident, sexplique par lévolution, dans le temps, des
forces productives (Marx) ou par la démarche éthique propre à la perception calviniste
de salut (Weber).
Peu importe la différence entre les deux, on peut
retenir, dans lensemble, que tout développement est un résultat, une construction;
et que ce sont des hommes et des femmes qui le font dans leur histoire, si le sens de leur
vie et ledit développement coïncident. Ainsi, le développement actuel de
lOccident est lié aux bourgeois ou capitalistes et aux ouvriers ou prolétaires,
deux classes qui ont supplanté laristocratie et le servage.
Cela étant, il y a des gens qui, étant donné leurs
intérêts du moment, refusent le développement et même voient dans celui-ci plutôt un
manque à gagner. Les élites de lancien régime de Mobutu lont démontré :
alors que pendant 37 ans de pouvoir elles avaient tout, jusquà pouvoir déplacer
les montagnes, elles nont fait que voler, dilapider, détruire.
A un moment donné, on entendait joyeusement dire à
Kinshasa une expression : " ebeba, ebeba, lobi tokobongisa " (que ça se gâte,
demain nous referons).
Peut-être existe-t-il ici ou là un mobutiste qui a des
moyens et qui les fructifie; mais comme résultat global, le régime de Mobutu na
été que celui de gâchis : le pays est sinistré, devenu un chantier. Par exemple,
toutes les routes que nous ont laissées les Belges, soit 150,000 Km de routes
dautos dont 2,100 Km bitumés et 5,200 Km de chemins de fer dont 585 Km
électrifiés, sont pour la plupart détruites sans que le pays soit en temps de guerre.
Les deux seules routes propres de lancien régime, dont celle de Kinshasa-Kikwit,
sont détruites à 85 % par négligence. Cest dire quau lieu du
développement, ce régime a détruit.
La question qui se pose à présent, depuis que le pouvoir
a été retiré à ce régime par lAfdl, est de savoir dans quelle mesure celle-ci
peut rendre service à la population pour son développement. Cest à cette question
que je vais répondre, en deux temps :
- a) Le développement ne peut se réaliser dans un milieu
politique extraverti ou compradore; il a besoin plutôt dune force
dintégration et dendogénité. Les mobutistes, type-idéal de forces
politiques extraverties, nont pu rien faire, à cause précisément de leur
extraversion et de leur artificialité. Or, Kabila est plutôt un Lumumbiste, opposé à
lextraversion. Depuis plus de 30 ans, il se réclame du Lumumbisme et à ce titre il
na jamais accepté de collaborer avec Mobutu à cause du fait que celui-ci a tué
Lumumba. Au contraire, à la mort de ce dernier, il a pris les armes et ouvert le front
Est de la Rébellion, pendant que deux autres fronts, également Lumumbistes, furent
ouverts, lun dans le Bandundu par Pierre Mulele, lautre dans le Haut-Congo par
le Général Nicolas-Philippe Olenga. Kabila a ainsi, par un haut fait darme,
prouvé son Lumumbisme, en combattant Mobutu dans le maquis du Kivu. Aujourdhui
encore il se reconnaît toujours lumumbiste, à côté de son aîné, Antoine Gizenga,
ainsi quil vient de le rappeler dernièrement, à lanniversaire de la mort de
Patrice-Emery Lumumba.
Rappelons que le Lumumbisme est non seulement
anti-extraversion mais aussi ouverture, car, de son vivant, depuis son retour
dAccra, où il a été rencontrer N Kwameh NKroumah, Ptrice-Emery
Lumumba fut un panafricaniste convaincu et un ami des hommes et des femmes progressistes
du monde, comme en témoignent les écrits lui consacrés; et que Kabila lest aussi.
Même les étrangers le reconnaissent. (Ici, je fais par exemple allusion au discours
prononcé dernièrement par le ministre belge des affaires étrangères au Centre des
relations mondiales de Montréal, qui disait que le monde assiste en ces jours à la
renaissance africaine dans le domaine politique.
Par contre, beaucoup de leaders de lopposition,
voire de lopposition radicale, hier contre Mobutu et aujourdhui contre Kabila,
sont des arbres qui cachent la forêt.
- b) Kabila et son équipe sont condamnés à faire quelque
chose pour son pays à cause de son histoire et de son expérience. En effet, à côté
des jeunes cadres qui ont leur qualité incontestable et remarquable , dont je parlerai un
jour, le pouvoir de Kinshasa appartient également à des cadres de la vieille
génération chez qui une histoire et une expérience riches sont remarquées.
- c) Ces vieux sont en effet des gens, je ne dis pas
exceptionnels mais qui ont des atouts, à savoir, il sagit des MZE :
1) qui ont eu le temps de revoir le statut de leurs
connaissances apprises à lécole;
2) qui se sont impliqués dans la première expérience
républicaine, à lindépendance du pays;
3) qui ont en quelque sorte échoué puisquils ont
dû sortir du pays soit pour prendre le maquis soit pour aller en exil;
4) qui ont traversé le désert;
5) qui ont vécu ailleurs où ils ont vu comment les
autres pensent et travaillent beaucoup pour leurs pays;
6) qui ont fait la guerre et pris ses risques pour revenir
au pouvoir;
7) qui sont au pouvoir à un âge avancé;
8) et qui sont en compagnie dun homme exceptionnel
pour lAfrique et le monde, Nelson Mandela (ce nest pas nimporte qui peut
sentendre avec ce vieux qui tient à rester dun humanisme inégalé).
Vu cet itinéraire et cette expérience que ne connaissent
pas leurs compatriotes de la même génération qui ont été au contraire à lombre
de Mobutu dans ses beaux palais;
Vu les enjeux et défis auxquels ils doivent faire face;
Vu la colère de la population et de ses partis politiques
contre la dictature;
Vu tous les sacrifices endurés.
Kabila et son équipe - surtout les vieux, mais les jeunes
aussi ont intérêt à être performants, à être le pont de salut pour leur
peuple : ils sont obligés de réussir.
Nous devrions, au lieu de parler à longueur de journée,
les aider à réussir leur pari. Ils ont des problèmes. Car, cest le propre de
lhistoire; celle-ci est un chemin de problèmes , elle avance de problème en
problème, de solution en solution.
Mais, des signes montrent que cette équipe est capable de
résoudre ces problèmes: cest une équipe ouverte et audacieuse, quoiquon en
dise. Pour preuve, en ce qui est douverture, on voit bien la présence, dans
léquipe au pouvoir, des gens dautres partis politiques, y compris ceux de
lUDPS; et en ce qui est daudace, les membres du socle de léquipe ont
osé affronté et réussi à chasser Mobutu que tout le monde croyait incontournable.
Cest pourquoi, au lieu de nous injurier entre nous
comme certains viennent de le faire à mon endroit sur la place publique via
lInternet, je prends la parole pour inviter mes frères et surs à épauler
notre Président, Kabila et son équipe, afin de permettre à notre pays une existence qui
satisfasse ne fût-ce que relativement les besoins de notre population : abondance
alimentaire (en kikongo) dia kusekele, liberté, convivialité.
Telles sont les raisons, qui me permettent de croire en
vous, mes frères er surs, à cause de vos critiques utiles, et en léquipe au
pouvoir, ouverte et audacieuse.