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Coup d'Etat annoncé contre Kabila
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Me Biminayi Jean-Pierre
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Les tshombistes et les Américains fomentent la recolonisation du Congo. A Bruxelles, un «Conseil de la République Fédérale Démocratique du Congo» a été créé dans le but de renverser Kabila avant le 17 mai 1999. Le président en est un colonel belge à la retraite, Willy Mallants. Il est secondé par Robert Stewart, homme d'affaires canadien vivant en  Suisse. Ils sont entourés de quinze pantins congolais. L'ensemble a l'air d'une farce. Mais l'affaire est très sérieuse: elle reflète de façon gonflée, caricaturale, l'attitude des puissances impérialistes envers le Congo.

Ludo Martens

Même La Libre Belgique s'est distanciée de cette «pantalonnade qui prête à pleurer». Elle note: «Le côté désuet de ce retour au paternalisme d'antan ne peut cacher les intérêts financier en jeu».(1) En effet, Mallants est en conflit avec le général Kalume pour une concession minière dans le Maniema et Robert Stewart était le président de la société American Mineral Fields, dont Kabila a annulé un contrat important.
Le retour de Tshombe
Le programme de Mallants constitue un retour de la politique suivie en juillet 1960 par Moïse Tshombe. Mallants est le prototype du tshombiste belge. En 1958, Mallants avait pris part au Congo à des manoeuvres militaires pour défendre la colonie contre une invasion... russe; en janvier 1959, il a participé à la répression de la révolte de Kinshasa; en juillet 1960, il faisait partie des troupes belges qui combattaient les forces fidèles à Lumumba; fin 1960, il a assisté le gouvernement sécessionniste de Tshombe au Katanga; en 1964-65, il a participé, sous la direction de Tshombe, à la répression de la révolution muléliste.(2) George Kimba, le responsable de l'économie et des finances du «Conseil»,
est le fils d'Evariste Kimba, la main droite de Tshombe. Kimba fils fut chef de cabinet de Kakudji lorsque ce dernier était gouverneur du Katanga. Kimba se présente aujourd'hui comme un disciple de Tshombe.

La recolonisation du Congo
Le «Conseil» de Mallants a élaboré un programme néo-tshombiste dont nous retenons six points.
Premier point: le renversement de Kabila. Stewart déclare carrément: «Le Conseil a des plans pour chasser Kabila immédiatement de Kinshasa. Je crois que cela sera fait avec le consentement silencieux de tous les présidents de la région qui l'ont aidé, par erreur, à arriver au pouvoir.»(3) Stewart parle avec une franchise que les gouvernements impérialistes ne peuvent se permettre. Mais leur politique va exactement dans le même sens. Derycke, le ministre belge des Affaires étrangères, déclare: «Les Américains ne sont plus tellement favorables au régime de Kabila.» Puis il affirme que Belges, Américains, Français et Britanniques vont contacter Museveni «pour essayer de sensibiliser les pays africains au problème du Congo».(4) Il est clair que les impérialistes tentent d'isoler Kabila de ses alliés africains pour pouvoir le renverser.
Deuxième point: la recolonisation du Congo par des cadres occidentaux. En 1960, Tshombe n'était qu'une marionnette belge: le colonel Vandewalle dirigeait l'armée katangaise et le professeur Clément élaborait la politique à suivre. Aujourd'hui, Mallants et Stewart se présentent comme les sauveurs du Congo! Le Canadien déclare: «Avec l'aide des membres du Conseil, je commencerai à reconstruire le pays.» Comme du temps de Tshombe, les «techniciens» européens dirigeront tous les domaines essentiels. Stewart dit qu'il fera «appel aux compétences et spécialités étrangères, soit comme cadres dirigeants, soit comme cadres d'encadrement (finances, mines, hydrocarbures, etc.).»(5) La politique officielle des puissances impérialistes n'est guère différente: pour elles aussi, le pouvoir réel au Congo doit être aux mains des représentants du FMI, de la Banque mondiale et des multinationales qui exploiteront les richesses du pays.

S'emparer des richesses du Congo
Troisième point du programme de Mallants: la division du Congo pour s'emparer des richesses minières du Katanga. Stewart propose de créer «un Etat fédéral avec une large autonomie économique et politico-administrative pour chaque province» Ainsi, le gouvernement provincial katangais aura «le pouvoir de signer des contrats d'investissement à long terme».(6) En 1960, au Congo, Tshombe et la bourgeoisie katangaise constituaient la principale force politique qui se mettait ouvertement au service du néocolonialisme. Ils prônaient l'indépendance du Katanga afin de garantir au mieux les intérêts du grand capital belge... et leurs propres intérêts. Aujour-d'hui, avec l'arrivée d'un gouvernement nationaliste à Kinshasa, l'impérialisme est pour une «décentralisation» qui permettra de contrôler plus facilement les richesses minières du Katanga.
Quatrième point: au nom du «marché libre», toutes les richesses du Congo seront bradées aux multinationales. Stewart, l'homme des multinationales American Mineral Fields, Bechtel et Krupp déclare: «Comme la privatisation est maintenant le mot de passe pour le succès en Afrique, je propose une reconstruction basée sur des investissements privés conséquents.» Il veut «des aéroports, des routes payantes, des ports et des chemins de fer qui appartiennent à des privés et qui sont dirigés par eux.»(7) La privatisation des gisements miniers et des infrastructures: c'est un programme de recolonisation intégrale du Congo, où les masses ouvrières et paysannes seraient à nouveau étrangères dans leur propre pays et où les grands capitalistes américains, français et belges dicteraient la loi. Sur ce point, la position de Stewart est celle de tous les représentants des multinationales occidentales.
Cinquième point: à l'aide de la dette, le peuple congolais sera réduit au statut de l'esclavage. La dette gonfle chaque année à cause des capitaux non remboursés et des intérêts non payés. Mallants et Stewart veulent que le Congo rembourse les 15 milliards de dollars qui ont servi à enrichir Mobutu et les siens au moment où les masses s'enfonçaient dans une misère indescriptible. Stewart: «Le Congo a des dettes honorables à rembourser au monde extérieur. Le Congo doit honorer ses dettes et en retour, le capital privé entrera et ouvrira ses marchés.»(8)
Notons que le gouvernement belge ne dit rien d'autre en affirmant que le Congo doit «suivre les recommandations du FMI».(9)

L'Otan au Congo?
Sixième point: le Congo sera mis sous la tutelle de l'Otan et de l'armée européenne. Mallants déclare: «Le Conseil fera appel à une collaboration militaire et policière (Otan, Eurocorps...) en vue de réorganiser complètement l'armée et d'assurer la sécurité et la stabilité du pays et de la Région».(10) La sécurité et la stabilité seront donc assurées par
des troupes d'occupation de l'Otan! On se rappelle que, le 13 septembre 1960, Lumumba a déclaré que les impérialistes voulaient «placer le grand Congo sous une tutelle internationale». Et effectivement, en 1962, la «réorganisation» de l'Armée nationale congolaise (ANC) a été confiée par Adoula aux spécialistes américains, belges, israéliens et italiens. (11) En 1964, Tshombe et Mobutu ont placé l'ANC sous le commandement de quatre colonels belges (Vandewalle, Logiest, Marlière et Monmaert) et de 300 officiers belges, le tout supervisé par les Américains.(12) Aujourd'hui, l'impérialisme reprend cette stratégie. En juin, les troupes américaines de l'Otan, stationnées en Europe, organiseront de grandes manoeuvres au Kenya avec les troupes kenyanes, ougandaises et  tanzaniennes. Les Américains réorganisent et entraînent déjà les troupes du Mali, du Sénégal, du Ghana, de l'Ouganda etc., en vue du «maintien de l'ordre» en Afrique.

1. La Libre Belgique, 27 mai 1998.
2. Un colonel belge à la retraite conseille Kabila, La Libre Belgique, 1
février 1997.
3. Robert S. Stewart Economic, Industrial, Diplomatic and Financial Counsellor to the Council, rapport présenté à la conférence de presse, 13 pages.
4. Chambre, COM, Compte rendu analytique, 21 avril 1998, C 552-5.
5. Robert S. Stewart Economic, Industrial, Diplomatic and Financial Counsellor to the Council, rapport présenté à la conférence de presse.
6. Ibid.
7. Ibid.
8. Ibid.
9. Chambre, COM, Compte rendu analytique, 21 avril 1998, C 552-5.
10. Conseil de la République Fédérale Démocratique du Congo, feuille de présentation; texte distribué à la conférence de presse.
11 Congo 1964, CRISP, p.96
12 Congo 1964, p.362; 387


Lu et transmis pour vous par
Me Biminayi Jean-Pierre (LL.M.)
Ligue Congolaise pour la Paix/Licopa
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