Réponse à M. Albert NgamaCher compatriote Ngama,
J'ai lu avec plaisir votre contre-réaction (je ne sais si
je dois l'appeler ainsi) à ma réaction concernant la fameuse lettre du collectif de
l'opposition. Et je vous remercie. Franchement je suis flatté par votre franchise. Je
vous cite: "Mais seulement voilà; je suis moi pro-mobutiste.
Le terme ne me plaît pas trop mais disons que jusqu'à ce
que je vienne en Occident pour études, j'étais un sympathisant de Mobutu et de son clan
des "voleurs". Je l'ai été (et je crois que je le suis encore jusqu'à l'heure
où je vous écris ce message) par choix, par reconnaissance, mais aussi, je dois
l'avouer, parce que ce "grand voleur" de Mobutu avait un charisme qui m'attirait
tant. Par choix parce que j'aurais pu lui préférer quelqu'un d'autre (ou même
carrément personne), par reconnaissance parce que j'ai eu à vivre et à profiter de
certaines réalisations de ce promu en enfer... et enfin en tant que jeune, j'étais
attiré par cet homme qui en dégagea...". Fin de citation. C'est vraiment
fantastique. Depuis que je suis en exil, je n'ai jamais été séduit par un mobutiste et
je vous avoue, aujourd'hui, cher compatriote, que vous m'avez séduit. Et voilà pourquoi
? Parce que depuis la publication de ma réaction à mon confrère Kamanda, j'ai eu dans
mon courrier électronique 165 messages -dont 164 sont anonymes- venant des mobutistes et
personne de ces gens à qui Monsieur Mobutu faisait confiance et qui ont dilapidé, avec
lui, notre patrimoine national, personne, je vous vous assure, n'a fait, comme vous, une
déclaration d'amour qui d'ailleurs se justifie- envers Mobutu et son clan. Vraiment
vous m'avez séduit. Je vous avoue, cher compatriote, que je n'ai jamais été ému par
une si noble franchise. Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre
d'années, dit-on. Vous êtes récupérable; vous êtes encore jeune et quand vous allez
mûrir, vous allez comprendre l'enjeu de notre démarche.
Cher compatriote, je ne suis pas de l'AFDL et je ne fais
pas l'apologie de l'occupation de notre cher pays. J'ai été, 17 ans durant, contre le
régime de monsieur Mobutu et je suis encore aujourd'hui contre le régime de monsieur
Kabila quand il permet l'humiliation de notre peuple. Je suis contre tous ceux qui ont
permis aux Rwandais et aux Ougandais d'occuper notre pays. Mais une réalité est là:
"nous sommes aujourd'hui sous l'occupation ougandaise et rwandaise et comment en
sommes-nous arrives là?"
Voilà ma question.
Cher compatriote, j'ai toujours pensé que les mobutistes
étaient tous des criminels innés et qu'un jour nous les traînerons devant les tribunaux
pour qu'ils répondent de leurs crimes mais aujourd'hui, je me suis rendus compte que,
parmi eux, il y avait certains d'entre eux qui suivaient et ménageaient les criminels
sans savoir pourquoi et cela m'a amené à classer les mobutistes en 3 catégorie: 1) il y
a des criminels fous, durs et purs tels les BaMobutu, les BaKikunda, les BaBaramoto, les
BaNkema, les BaKyungu, les BaSakombi, les BaBolozi, les BaNgbanda, les BaSeti... 2) et il
y a des criminels constitutionnels tels les BaKamanda, les BaKengo, les BaKamitatu, les
BaMandungu, les BaNimy... 3) et il y a enfin les occasionnels tels les... Et je vous place
aussi dans cette dernière catégorie, car vous ne saviez pas ce que vous faisiez. Vous
étiez comme des brebis égarés qui suivaient et suivent encore, à l'aveuglette, le
pasteur sans savoir pourquoi. Mais cela n'enlève pas, pour autant, le caractère criminel
de l'acte -qui est la destruction et la dilapidation du trésor national d'un Etat- , car
disait B. Di Tullio, un criminaliste italien, "...diciamo subito che, poiche la
pericolisita e determinata in gran parte dai fattori inerenti alle condizioni organiche,
il delenquente occasionale o non presente, come in generale, una vera pericolosita, o ne
presenta una forma cosi poco sviluppata, da non essere per lo piu ne valutabile, ne
appezzabile. Il delinquente occasionale e infatti l'uomo abitualmente adattato
all'ambiente sociale che, sotto la spinta di condizioni esteriori eccezionalissime, e cioe
di stimoli comunque adeguati, venendo a perdere momentaneamente l'abituale controllo di se
stesso...si trova ad essere occasionalmente determinato ad atti illeciti ed immorali, che
in lui sono del tuto insoliti" (Disons tout de suite que la criminalité est
déterminée, en grande partie, par les facteurs inhérents aux conditions organiques; le
délinquant occasionnel ne présente pas, comme d'habitude, un véritable danger et ne
présente pas une forme très développée de danger pour être apprécié. Le délinquant
occasionnel est, en effet, l'homme habituellement adapté à la société mais qui, sous
l'influence des forces extérieures remarquables, parvient à perdre momentanément le
contrôle de soi...et parvient à commettre des actes illicites, immorales, qui ne sont
pas partie intégrante de lui-même). Comme je disais, cela n'enlève pas le caractère
criminel du fait accompli qui est "la destruction préméditée d'un Etat riche et
prospère" mais ne peut qu'atténuer et réduire l'ampleur de la peine.
Cher compatriote, je ne suis pas un satirique sauvage
comme m'ont qualifié certains d'entre vous en déclarant que je me permettais l'audace
d'insulter les grands hommes politiques zaïrois. Je n'ai pas insulté les hommes
politiques zaïrois ou congolais. Est- ce que avez-vous lu, dans ma lettre, quelques
injures adressées à messieurs P.E. Lumumba, à G. Lubaya, P. Mulele, A. Gizenga,
Olengankoy, A. Ngoma, E. Tshisekedi...? Avez-vous lu quelque part, dans ma lettre,
quelques injures adressées à monsieur J. Kasa-Vubu? À monsieur J.W. Tshimbila ? Ce sont
eux des grands hommes politiques. Je suis un nationaliste inquiet à qui le régime de
monsieur Mobutu -votre régime- a volé toute sa jeunesse et qui n'acceptera plus, une
seconde fois, le retour au pouvoir des mobutistes -qu'ils soient vetu-mobutistes ou néo-
mobutsite, car ils restent mobutiste -entendu par là les personnes qui ont, en eux , la
pensée, l'enseignement et les actions du "guide"-. Mon rôle n'est pas
d'insulter les gens et votre crainte n'était pas fondée. La preuve est là, je vous
répond avec courtoisie.
Cher Ngama, vous avez le droit de vous étaler comme
mobutiste et nous n'avons pas le droit de vous en empêcher; c'est votre droit légitime,
naturel -c'est ça la noblesse de la politique-, car, comme vous disiez, vous avez vécu
et profité de certaines réalisations de ce promu en enfer.
Vous vous affichez donc mobutiste, non pas par conviction
politique, mais plutôt par sympathie, par reconnaissance, car ce voleur du siècle vous a
nourri et vêtu. Voilà pourquoi vous êtes mobutiste. Et nous ne pouvons que vous
encourager.
Cher compatriote, vous dites que "le mal est
mal" et je n'arrive plus à vous suivre. De quoi parlez-vous? De quel mal
parlez-vous? Parlez-vous de ceux qui ont fui la dictature ou de ceux qui sont restés, au
pays, à profiter des largesses du régime? Et puis, vous dites- je vous cite-: "Ou
bien on est démocrate et on instaure un régime démocratique ou bien on ne va pas mieux
que ceux qu'on traite de tous les noms et on mérite donc pas une...estime. Pour ma part
j'ai des sérieuses doutes quant au "taux de démocratie" qui coulerait dans le
sang de Mr Kabila". Fin de citation. Mais cher Ngama, je ne suis pas du pouvoir
actuel, je me bats pour l'instauration d'un régime démocratique et libre où vous et moi
pourrons nous épanouir malgré notre diversité idéologique. Je vous propose donc de
poser cette question à Monsieur Dominique Sakombi ou à Monsieur Raphael Ghenda, eux, au
moins, pourront vous donner des réponses précises, car ils sont dans les rouages du
pouvoir..
Cher compatriote, je n'ai pas dit que monsieur Kamanda
-même si il a été le buveur de l'urine de Mobutu- doit se la fermer. Vous m'empruntez
des propos qui ne sont pas les miens. J'ai dit que "notre frère Kamanda est un
oiseau rare; je l'avais appelé un vautour, que dis-je? Un rapace ou un épervier ? Peu
importe le nom. Ce qui est important est qu'il appartient à la catégorie d'espèces
rares en voie d'extinction; nous pouvons encore le garder aux musées pour que nous
n'oublions pas la destruction du Congo; il ne mérite pas, pour autant, notre pardon mais
il demeure congolais et il a le droit de s'exprimer...et nous n'avons pas le droit de
l'empêcher de s'exprimer; par ailleurs nous avons le droit de répliquer, et si nous en
avons les moyens, nous le traduirons devant la justice pour qu'il réponde de ses crimes.
Ainsi justice sera faite. C'est comme ça le jeu de la démocratie...". Voilà mes
propos. Relisez mes écrits et ne déformez pas ma pensée.
Cher compatriote, vous parlez de délation... ou des
délateurs que les policiers amènent en cours pour faire écrouer un criminel notoire.
Mais qui est délateur ? Et qui est criminel ? Vous dites qu'on peut amener ce concept en
politique. Alors vous dites que monsieur Kamanda est un délateur... et qu'il doit faire
écrouer qui.....? Si je ne vous ai pas bien saisi! Mais quelqu'un m'avait dit que
monsieur Kamanda était un grand homme politique congolais et vous, vous me dites qu'il
est un délateur. Où donc est le sérieux? Vous dites que "la justice se sert d'un
criminel ou d'un présumé criminel pour coincer un autre plus gros, plus important, plus
crapuleux". Mais qui est le criminel plus gros, plus important, plus crapuleux
.......? Vous dites que monsieur Kamanda est moins crapuleux? Répondez-moi? Et vous
soutenez un criminel moins crapuleux si je suis l'enchaînement de vos idées? En droit,
vous êtes complice et criminel autant que celui que vous soutenez...Réfléchissez
bien...
Cher compatriote, en vous lisant, j'ai eu l'impression de
quelqu'un qui portait un lourd poids sur la conscience, quelqu'un qui voulait se
défouler, qui voulait se dégager d'un poids énorme qui pesait sur son cur et j'ai
pu comprendre, sans hésitation, que vous prononciez un "mea culpa" et
malheureusement, je ne suis pas un prêtre pour vous donner une absolution. Alors je me
suis dis, Jean-Pierre, fais donc venir un prêtre du Vatican pour bénir notre frère
Ngama qui fait une révélation de grande portée; il mérite vraiment une absolution...et
puis je me suis dit si tous les mobutistes faisaient pareille nous n'aurons plus à nous
chamailler à travers le net et nous pourrons combattre ensemble les Ruandais et les
Ougandais... Ainsi pourra se faire la réconciliation nationale.
Cher compatriote, Martin Luther King, JR disait: "I
have a dream...I say to you today, my friends. So even though we face the difficulties of
today and tomorrow. I still have a dream. Its is a dream deeply rooted in the...dream. I
have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its
creed, we hold these truths to be self-evident, that all men are created
equal".réfléchissez bien et ayez aussi un rêve comme Martin Luther King. Vivez
aussi ce rêve... Et apportez ce rêve à vos enfants et à vos futurs enfants... Et
évitons de polémiquer... Ou la liberté ou la mort disait Patrice E. Lumumba. Et sauvons
le Congo...