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Nomination de Kyungu : Expression dune Crise Morale Nationale. Réponses à quelques réactions (I)
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Dr. Mubabinge Bilolo

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Notre Appel aux Citoyens Congolais ou à la Nation n’était pas adressé seulement aux Gouvernants, mais aussi à l’Opposition, à la Société Civile, à la communauté des internautes congolais ainsi qu’à toute la Nation. Sa formulation était adoucie par le fait que certains membres de la Cellule Stratégique de la Société Civile à l’Étranger sont des prêtres, des pasteurs et d’autres sympathisants de différentes tendances politiques (AFDL, UDPS, Condor, PALU, etc.).

Mais comme les critiques me sont adressées personnellement, j’en profite pour illustrer la responsabilité de tous les acteurs politiques congolais dans cette consécration de l’impunité et expliciter ma position personnelle vis-à-vis de ces acteurs. Dans cette première partie, je développe la part de responsabilité de la population. Le « nous » est ici un nous de majesté et non le nous-pluriel de l’Appel de la Socicoe.

Le noyau de notre APPEL AUX CITOYENS CONGOLAIS est une interpellation de toutes les Citoyennes et de tous les Citoyens Congolais:

« En prenant cette décision, le Chef d'Etat Congolais veut-il tester la psychologie et la morale congolaises en matière d'EPURATIONS ETHNIQUES et d'INCITATION DE LA POPULATION A LA HAINE INTRA-ET-INTERETHNIQUE?

Notre degré de moralité et de notre conscience d'unité nationale est-il si bas pour que nous puissions banaliser les conséquences d'une telle décision?

Serions-nous une NATION SANS MORALE, un AGRÉGAT DES IMMORAUX ET DES IRRESPONSABLES, qui n'ont aucune valeur commune pour laquelle ils peuvent collectivement se sacrifier ? »

Si nous ne sommes qu’un agrégat des immoraux et si la NATION-CONGOLAISE n’est qu’une illusion, un mythe colonial et juridique, alors le Président Kabila a eu raison de récompenser Kyungu wa Kumwanza, l’homme qui a nettoyé sa Province des « Insectes nocives » venues du Kasayi et des autres régions. Kyungu est un Médecin de la Santé Publique Shabienne.

Kyungu savait que le Congo n’est pas une Nation, qu’il n’était pas nécessaire de proclamer la sécession, mais qu’il suffisait d’adopter DE FAIT la politique du Shaba comme un État indépendant, habilité à chasser les ÉTRANGERS et les Insectes nocives. Dans ce sens, il a contribué à mettre en lumière et le degré d’inversion des valeurs dans notre Société, la profondeur de la Crise Morale Congolaise et le mythe d’un État Commun. Ce cas a toujours été, au même titre que la condamnation à mort de Mwepu, Kalonda, Bangamba, etc., une illustration par l’excellence de l’Idiocratie Politique Congolaise.

Pour ceux qui ne le savent pas, Mwepu était le Commandant de la Gendarmerie pour la Ville de Kinshasa et il a été condamné à mort „parce que Kalume avait SONGÉ à lui pour maintenir l’ordre dans la Ville de Kinshasa, dans l’HYPOTHÈSE où ...". Bangamba n’a eu comme crime que la participation à un DEUIL. Le procès était télévisé, mais lorsqu’ils ont été condamnés à mort, personne ne s’est levée pour protester. Et lorsque Mobutu avait annoncé qu’il venait de les faire passer aux armes, la population n’a rien fait. Elle a continué son train de vie comme si rien ne s’était passé. Une inadmissibilité juridique, politique et éthique venait d’être consommée sans aucune réaction publique. La campagne d’épuration ethnique dans l’Armée qui avait suivi ce crime politique n’était évoquée que pour alimenter la conversation kinoise dans des bars. Depuis lors nous avons juré de rendre justice à ces jeunes officiers, à ces jeunes civils, assassinés ou retraités par Mobutu avec la bénédiction des docteurs en et professeurs de Droit.

Déjà en 1969, certains Kinois montraient aux militaires là où les étudiant(e)s s’étaient cachés pour qu’ils soient pris et tués. Et au cours des années suivantes, chaque fois que les étudiants marchaient, on entendait : « Bino bana oyo, botika tolia mpondu na biso, bokokofa bolele » (Vous ces enfants, laissez-nous manger nos feuilles de manioc. vous allez mourir pour rien).

Ainsi pour les Congolais et les Congolaises quiconque lutte pour le bien-être de tous, le bonheur de tous et des générations futures est un NZOBA, un imbécile. Et lorsqu’on le tuait, on disait : «Mobutu abomi ye, mpo na bonzoba bwa ye » (« Mobutu l"a tué parce qu"il était un imbécile, un fou ». L’imbécile, le fou, ce n’était pas Mobutu, mais c’est le patriote, le juste, l’honnête, l’homme qui lutte pour la protection des biens communs, pour le bonheur de tous, pour la justice. C’est ainsi que nous disions entre 1980-1995 : « Mobutu est un Prophète envoyé par Dieu pour mettre en évidence la médiocrité du Peuple Zaïrois. Sa mission ne sera accompli que le jour il fera boire à ce Peuple son urine et où il lui fera manger ses propres excréments. Et même là, nous ne sommes pas sûr que ce Peuple se mettra debout pour défendre sa dignité ». La révolution de l’AFDL n’a rien changé à cet état des choses.

Elle était une révolution militaire et non une révolution morale ou éthico-juridique. Le rôle de la Cellule Stratégique de la Société Civile était justement de prolonger à partir de l’extérieur la lutte pour le Renouveau Socio-Moral de notre Pays et d’inventorier les ressources humaines d’une haute moralité, ayant fait preuve durant les 25 dernières années d’un esprit de sacrifice, afin de contribuer à la Naissance d’une Nouvelle Elite Politico-Sociale. Malheureusement, le terrain a été immédiatement occupé par les aventuriers et les flatteurs de tout bords et le pouvoir a été récupéré par l’esprit mobutiste. Nous ne sommes plus moralement crédibles. Mais cela ne veut pas dire que l’Opposition est moralement crédible. La soi-disante Opposition n’est pas une Alternative, une Solution à notre Crise Nationale. Nous devons donc créer quelque chose de nouveau. Nous devons devenir des créateurs d’une Nouvelle Société, de Ditunga-dia-Bantu « Pays / Etat des Hommes », de Bukalenge bwa Bumuntu bwa Muntu, « le Pouvoir de l"Humanité de l"Homme ». D’aucuns nous appellent « épurateur linguistique », mais ils remarqueront eux-mêmes que la traduction ne rend la Philosophie Politique des expressions Bantu-luba ici utilisée.

Notre Appel est adressé à toute la Nation Congolaise, à toutes les couches de la population, donc aussi bien au Président de la République, à son Gouvernement, aux partis politiques ainsi qu‘à toutes les associations non-gouvernementales.

Nous sommes victimes de notre immoralité. Nous n’avons pas la conscience d’appartenir à un même pays. Nous ne savons même pas si nous voulons vivre ensemble. Nous sommes des égoïstes et des individualistes irrationnels. Nous ne sommes même pas des tribalistes, car le tribalisme est une expression de la socialité, de la conscience sociale, « du sentiment de nous », mais une conscience restreinte. Les Congolais représentent un cas extrême de l’égoïsme, de l’individualisme, de la logique monadique dans l’Histoire.

Nous sommes victimes d’un matérialisme ridicule. En acceptant d’aller vivre à l’Hôtel Intercontinental et autres, d’aller habiter dans des Palais et Villas construits avec le sang de notre Peuple, de rouler dans des voitures de luxe qui sont à la base de notre ruine, nous avions démontré que nous étions des indisciplinés, des « ambianceurs », des « croqueurs » et NON DES VRAIS RÉVOLUTIONNAIRES. Nous avons par-là hypothéqué la Confiance que le Peuple avait placé en nous. La reconduction de Nsakombi, de Leta, de Kyungu, etc. n’est qu’une conséquence logique de notre sympathie pour la culture mobutiste.

Lorsqu’on est Président, Premier-Ministre, Gouverneur ou Général au Congo, on peut tuer impunément des soldats, raser les villages entiers, bombarder des provinces entières, anéantir toute une ethnie, condamner arbitrairement des gens à mort, confisquer les femmes d’autrui, violer leurs filles en leur présence et continuer à prendre calmement sa bière à côté des victimes. Aux prochaines élections, on sera reconduit président, Gouverneur, Député, etc. Jamais les Congolais n’ont marché pour protester contre ces genres de crime ou pour exiger la DÉSTITUTION des responsables. Pour être dans des bonnes grâces du chef politique ou religieux, beaucoup de nos compatriotes « lui consacraient » leurs femmes, leurs filles, leurs maris et cautionnaient parfois leur assassinat. C’est effectivement cela que nous appelons le mobutisme, l’esprit ou la culture mobutiste. C’est pour cela que le Procès des Mobutistes est gênant. Nous ne voulons pas nous regarder dans le miroir de peur de nous suicider pour échapper à la honte. Scélérats politiques que nous sommes, nous ne voulons pas contempler notre bassesse.

Donc contrairement à ce que nos critiques pensent la lutte de l’AFDL était pour nous une occasion de divorcer d’avec cette culture mobutiste, cette inversion des valeurs et de répartir avec des hommes nouveaux pour une Nouvelle Société. C’était une occasion rare dans l’histoire pour pouvoir transformer le Congo. Mais nous avons manqué la discipline morale et l’austérité matérielle nécessaires. Nos modèles sont des mobutistes. Notre modèle éthico-culturel est le mobutisme. Nous avons opté pour l’impunité. Nous distrayons notre peuple avec des procès sur des bagatelles – il s’agit d’une comparaison implicite avec les crimes de Kyungu et des autres mobutistes – et nous condamnons facilement à mort de « petits délinquants ». A quoi nous sert-il d’arrêter les nouveaux ministres, les nouveaux cadres, si les cadres mobutistes et les épurateurs provinciaux sont non seulement en liberté, mais reconduits au pouvoir ? Ce qui n’était qu’une hypothèse parmi d’autres a été corroborée indiscutablement par la reconduction de Kyungu wa Kumwanza.

Comme l’a dit JM Beya, „C’est au peuple de dicter sa conduite au pouvoir", et nous ajoutons: C’est au Peuple d’imposer des limites au pouvoir, car aucun pouvoir dans le monde ne sait là où sont ses limites.

Si le Président Kabila se débarassait de ses mobutistes comme Sakombi à la Communication, Leta à l’ANR, s’il annulait la nomination de Kyungu wa Kumwanza, l‘initiateur des conflits fratricides et des épurations ethno-provinciales, s’il demandait publiquement PARDON aux Congolais en général, à nos morts et aux millions des Refoulés sur qui il a craché en reconduisant ce « Médecin de la Santé Publique Katangaise et de la Pureté Provinciale », s’il se décidait à travailler exclusivement avec une nouvelle élite et s’il prenait réellement la voie de l’Etat de Droit et d’Ethique ainsi que la voie de l’Etat au Service des Faibles et des Pauvres, il n’y aurait plus, pour nous des raisons, de ne pas le soutenir.

Nous exigeons de lui des preuves contraignantes de la Renaissance de la Conscience Morale et Juridique dans ce pays qui est aujourd’hui sous sa direction.

Nos critiques sont très ponctuelles, très ciblées, limitées dans le temps et l’espace. Elles ne sont même pas adressées à l’AFDL, mais plutôt au Président de la République. Ce que nous lui reprochons, c’est effectivement le fait qu’il est entrain de compromettre les objectifs de la lutte qui a été couronnée par la débandade des Mobutistes en mai 1997. C’était une lutte contre le règne de l’impunité, de l’arbitraire, de la loi du plus fort ainsi que des injustices sociales criantes, une lutte pour la reprise de la Parole par le Peuple. Notre Appel veut que nous restions FIDÈLES, Orthodoxes, par rapport aux objectifs et idéaux qui étaient à la base de la Lutte Armée de l’Alliance et qui étaient également, du moins pour l’Association des Moralistes Congolais (AMOCO) et pour la Société Civile Dr. Numbi, à l’origine de la Lutte non-violente pour la Conférence Nationale.

Ce que nous exigeons, les critères que nous adoptons et que le président de la Commission Constitutionnelle avait aussi exigé, est contenu dans la Contribution des Moralistes à la Conférence Nationale (Kinshasa, 1991, p. 18).

 

Dr. Mubabinge Bilolo

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