Notre Appel aux Citoyens Congolais ou à la Nation nétait
pas adressé seulement aux Gouvernants, mais aussi à lOpposition, à la Société
Civile, à la communauté des internautes congolais ainsi quà toute la Nation. Sa
formulation était adoucie par le fait que certains membres de la Cellule Stratégique de
la Société Civile à lÉtranger sont des prêtres, des pasteurs et dautres
sympathisants de différentes tendances politiques (AFDL, UDPS, Condor, PALU, etc.).
Mais comme les critiques me sont adressées
personnellement, jen profite pour illustrer la responsabilité de tous les acteurs
politiques congolais dans cette consécration de limpunité et expliciter ma
position personnelle vis-à-vis de ces acteurs. Dans cette première partie, je développe
la part de responsabilité de la population. Le « nous » est ici un
nous de majesté et non le nous-pluriel de lAppel de la Socicoe.
Le noyau de notre APPEL AUX CITOYENS
CONGOLAIS est une interpellation de toutes les Citoyennes et de tous les Citoyens
Congolais:
« En prenant cette décision, le
Chef d'Etat Congolais veut-il tester la psychologie et la morale congolaises en matière
d'EPURATIONS ETHNIQUES et d'INCITATION DE LA POPULATION A LA HAINE INTRA-ET-INTERETHNIQUE?
Notre degré de moralité et de notre
conscience d'unité nationale est-il si bas pour que nous puissions banaliser les
conséquences d'une telle décision?
Serions-nous une NATION SANS MORALE, un
AGRÉGAT DES IMMORAUX ET DES IRRESPONSABLES, qui n'ont aucune valeur commune pour laquelle
ils peuvent collectivement se sacrifier ? »
Si nous ne sommes quun agrégat des
immoraux et si la NATION-CONGOLAISE nest quune illusion, un mythe colonial et
juridique, alors le Président Kabila a eu raison de récompenser Kyungu wa Kumwanza,
lhomme qui a nettoyé sa Province des « Insectes nocives »
venues du Kasayi et des autres régions. Kyungu est un Médecin de la Santé Publique
Shabienne.
Kyungu savait que le Congo nest pas une
Nation, quil nétait pas nécessaire de proclamer la sécession, mais
quil suffisait dadopter DE FAIT la politique du Shaba comme un État
indépendant, habilité à chasser les ÉTRANGERS et les Insectes nocives. Dans ce sens,
il a contribué à mettre en lumière et le degré dinversion des valeurs dans notre
Société, la profondeur de la Crise Morale Congolaise et le mythe dun État Commun.
Ce cas a toujours été, au même titre que la condamnation à mort de Mwepu, Kalonda,
Bangamba, etc., une illustration par lexcellence de lIdiocratie Politique
Congolaise.
Pour ceux qui ne le savent pas, Mwepu était
le Commandant de la Gendarmerie pour la Ville de Kinshasa et il a été condamné à mort
parce que Kalume avait SONGÉ à lui pour maintenir lordre dans la Ville de
Kinshasa, dans lHYPOTHÈSE où ...". Bangamba na eu comme crime que la
participation à un DEUIL. Le procès était télévisé, mais lorsquils ont été
condamnés à mort, personne ne sest levée pour protester. Et lorsque Mobutu avait
annoncé quil venait de les faire passer aux armes, la population na rien
fait. Elle a continué son train de vie comme si rien ne sétait passé. Une
inadmissibilité juridique, politique et éthique venait dêtre consommée sans
aucune réaction publique. La campagne dépuration ethnique dans lArmée qui
avait suivi ce crime politique nétait évoquée que pour alimenter la conversation
kinoise dans des bars. Depuis lors nous avons juré de rendre justice à ces jeunes
officiers, à ces jeunes civils, assassinés ou retraités par Mobutu avec la
bénédiction des docteurs en et professeurs de Droit.
Déjà en 1969, certains Kinois montraient
aux militaires là où les étudiant(e)s sétaient cachés pour quils soient
pris et tués. Et au cours des années suivantes, chaque fois que les étudiants
marchaient, on entendait : « Bino bana oyo, botika tolia mpondu na biso,
bokokofa bolele » (Vous ces enfants, laissez-nous manger nos feuilles de manioc.
vous allez mourir pour rien).
Ainsi pour les Congolais et les Congolaises
quiconque lutte pour le bien-être de tous, le bonheur de tous et des générations
futures est un NZOBA, un imbécile. Et lorsquon le tuait, on disait :
«Mobutu abomi ye, mpo na bonzoba bwa ye » (« Mobutu l"a
tué parce qu"il était un imbécile, un fou ». Limbécile, le fou,
ce nétait pas Mobutu, mais cest le patriote, le juste, lhonnête,
lhomme qui lutte pour la protection des biens communs, pour le bonheur de tous, pour
la justice. Cest ainsi que nous disions entre 1980-1995 : « Mobutu est un
Prophète envoyé par Dieu pour mettre en évidence la médiocrité du Peuple Zaïrois. Sa
mission ne sera accompli que le jour il fera boire à ce Peuple son urine et où il lui
fera manger ses propres excréments. Et même là, nous ne sommes pas sûr que ce Peuple
se mettra debout pour défendre sa dignité ». La révolution de lAFDL
na rien changé à cet état des choses.
Elle était une révolution militaire et non
une révolution morale ou éthico-juridique. Le rôle de la Cellule Stratégique de la
Société Civile était justement de prolonger à partir de lextérieur la lutte
pour le Renouveau Socio-Moral de notre Pays et dinventorier les ressources humaines
dune haute moralité, ayant fait preuve durant les 25 dernières années dun
esprit de sacrifice, afin de contribuer à la Naissance dune Nouvelle Elite
Politico-Sociale. Malheureusement, le terrain a été immédiatement occupé par les
aventuriers et les flatteurs de tout bords et le pouvoir a été récupéré par
lesprit mobutiste. Nous ne sommes plus moralement crédibles. Mais cela ne veut pas
dire que lOpposition est moralement crédible. La soi-disante Opposition nest
pas une Alternative, une Solution à notre Crise Nationale. Nous devons donc créer
quelque chose de nouveau. Nous devons devenir des créateurs dune Nouvelle
Société, de Ditunga-dia-Bantu « Pays / Etat des Hommes », de
Bukalenge bwa Bumuntu bwa Muntu, « le Pouvoir de l"Humanité de
l"Homme ». Daucuns nous appellent « épurateur linguistique
», mais ils remarqueront eux-mêmes que la traduction ne rend la Philosophie
Politique des expressions Bantu-luba ici utilisée.
Notre Appel est adressé à toute la Nation
Congolaise, à toutes les couches de la population, donc aussi bien au Président de la
République, à son Gouvernement, aux partis politiques ainsi quà toutes les
associations non-gouvernementales.
Nous sommes victimes de notre immoralité.
Nous navons pas la conscience dappartenir à un même pays. Nous ne savons
même pas si nous voulons vivre ensemble. Nous sommes des égoïstes et des
individualistes irrationnels. Nous ne sommes même pas des tribalistes, car le tribalisme
est une expression de la socialité, de la conscience sociale, « du sentiment de
nous », mais une conscience restreinte. Les Congolais représentent un cas
extrême de légoïsme, de lindividualisme, de la logique monadique dans
lHistoire.
Nous sommes victimes dun matérialisme
ridicule. En acceptant daller vivre à lHôtel Intercontinental et autres,
daller habiter dans des Palais et Villas construits avec le sang de notre Peuple, de
rouler dans des voitures de luxe qui sont à la base de notre ruine, nous avions
démontré que nous étions des indisciplinés, des « ambianceurs »,
des « croqueurs » et NON DES VRAIS RÉVOLUTIONNAIRES. Nous avons
par-là hypothéqué la Confiance que le Peuple avait placé en nous. La reconduction de
Nsakombi, de Leta, de Kyungu, etc. nest quune conséquence logique de notre
sympathie pour la culture mobutiste.
Lorsquon est Président,
Premier-Ministre, Gouverneur ou Général au Congo, on peut tuer impunément des soldats,
raser les villages entiers, bombarder des provinces entières, anéantir toute une ethnie,
condamner arbitrairement des gens à mort, confisquer les femmes dautrui, violer
leurs filles en leur présence et continuer à prendre calmement sa bière à côté des
victimes. Aux prochaines élections, on sera reconduit président, Gouverneur, Député,
etc. Jamais les Congolais nont marché pour protester contre ces genres de crime ou
pour exiger la DÉSTITUTION des responsables. Pour être dans des bonnes grâces du chef
politique ou religieux, beaucoup de nos compatriotes « lui consacraient
» leurs femmes, leurs filles, leurs maris et cautionnaient parfois leur
assassinat. Cest effectivement cela que nous appelons le mobutisme, lesprit ou
la culture mobutiste. Cest pour cela que le Procès des Mobutistes est gênant. Nous
ne voulons pas nous regarder dans le miroir de peur de nous suicider pour échapper à la
honte. Scélérats politiques que nous sommes, nous ne voulons pas contempler notre
bassesse.
Donc contrairement à ce que nos critiques
pensent la lutte de lAFDL était pour nous une occasion de divorcer davec
cette culture mobutiste, cette inversion des valeurs et de répartir avec des hommes
nouveaux pour une Nouvelle Société. Cétait une occasion rare dans lhistoire
pour pouvoir transformer le Congo. Mais nous avons manqué la discipline morale et
laustérité matérielle nécessaires. Nos modèles sont des mobutistes. Notre
modèle éthico-culturel est le mobutisme. Nous avons opté pour limpunité. Nous
distrayons notre peuple avec des procès sur des bagatelles il sagit
dune comparaison implicite avec les crimes de Kyungu et des autres mobutistes
et nous condamnons facilement à mort de « petits délinquants ». A
quoi nous sert-il darrêter les nouveaux ministres, les nouveaux cadres, si les
cadres mobutistes et les épurateurs provinciaux sont non seulement en liberté, mais
reconduits au pouvoir ? Ce qui nétait quune hypothèse parmi dautres a
été corroborée indiscutablement par la reconduction de Kyungu wa Kumwanza.
Comme la dit JM Beya, Cest
au peuple de dicter sa conduite au pouvoir", et nous ajoutons: Cest au Peuple
dimposer des limites au pouvoir, car aucun pouvoir dans le monde ne sait là où
sont ses limites.
Si le Président Kabila se débarassait de
ses mobutistes comme Sakombi à la Communication, Leta à lANR, sil annulait
la nomination de Kyungu wa Kumwanza, linitiateur des conflits fratricides et des
épurations ethno-provinciales, sil demandait publiquement PARDON aux Congolais en
général, à nos morts et aux millions des Refoulés sur qui il a craché en reconduisant
ce « Médecin de la Santé Publique Katangaise et de la Pureté Provinciale
», sil se décidait à travailler exclusivement avec une nouvelle élite
et sil prenait réellement la voie de lEtat de Droit et dEthique ainsi
que la voie de lEtat au Service des Faibles et des Pauvres, il ny aurait plus,
pour nous des raisons, de ne pas le soutenir.
Nous exigeons de lui des preuves
contraignantes de la Renaissance de la Conscience Morale et Juridique dans ce pays qui est
aujourdhui sous sa direction.
Nos critiques sont très ponctuelles, très
ciblées, limitées dans le temps et lespace. Elles ne sont même pas adressées à
lAFDL, mais plutôt au Président de la République. Ce que nous lui reprochons,
cest effectivement le fait quil est entrain de compromettre les objectifs de
la lutte qui a été couronnée par la débandade des Mobutistes en mai 1997.
Cétait une lutte contre le règne de limpunité, de larbitraire, de la
loi du plus fort ainsi que des injustices sociales criantes, une lutte pour la reprise de
la Parole par le Peuple. Notre Appel veut que nous restions FIDÈLES, Orthodoxes, par
rapport aux objectifs et idéaux qui étaient à la base de la Lutte Armée de
lAlliance et qui étaient également, du moins pour lAssociation des
Moralistes Congolais (AMOCO) et pour la Société Civile Dr. Numbi, à lorigine de
la Lutte non-violente pour la Conférence Nationale.
Ce que nous exigeons, les critères que nous
adoptons et que le président de la Commission Constitutionnelle avait aussi exigé, est
contenu dans la Contribution des Moralistes à la Conférence Nationale (Kinshasa, 1991,
p. 18).
Dr. Mubabinge Bilolo