| Journée du 17 mai : un
nouveau point de départ pour le Congo |
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| Dr. Mubabinge Bilolo |
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Nous nous attendions à lire le 16 mai 98 un
vibrant hommage au feu Général MAYELE et à tous les autres soldats qui sont morts pour
avoir refusé de continuer à défendre l'indéfendable.
Nous nous attendions à lire un vibrant hommage à tous ces jeunes gens qui se sont
sacrifiés pour mettre fin à la dictature de Mobutu. Mais qui se souvient encore d'eux
pour pouvoir écrire un tel hommage?
Nous nous attendions à lire aujourd'hui, le 17 mai 98, de la part de la Diaspora, quelque
chose de positif sur la signification historique de cette journée, mais même les
Kabilistes gardent silence.
On dirait que la Diaspora est en deuil. Mais en deuil de qui? Car elle ne pleure aucune
victime de la lutte contre le mobutisme. Dans moins de 12 mois, nous avons oublié toutes
les vicissitudes endurées pendant plus de 30 ans. Presque la totalité de contributions
sur le Congo-Oriental ou Congo-Kinshasa dans l'Internet et dans les Journaux dresse un
tableau très négatif de l'évolution au Congo. Mais sommes-nous conscients des
conséquences d'une telle image ?
D'aucuns croient pouvoir affaiblir Kabila en entretenant une image très négative de sa
personne et de son gouvernement, mais ils oublient que c'est l'image de notre pays et de
notre peuple qu'ils sont entrain de ternir. Une telle attitude relève du registre de
l'irresponsabilité politique.
De là notre question : La Diaspora Congolaise se préoccupe-t-elle vraiment du Peuple
Congolais et de l'avenir du Congo ?
Examinons le bilan de son attitude depuis bientôt un An :
1) Les membres de la Diaspora qui sont rentrés n'ont même plus de contacts avec les
associations non-gouvernementales soit qu'ils avaient eux-mêmes fondées soit qu'ils
dirigeaient. Ils sont jugés sur place comme irresponsables, indisciplinés, incompétents
et immoraux. Ils n'ont introduit aucune nouvelle culture politique. Ils passent leur temps
à se neutraliser réciproquement. Comment peut-on revenir de l'Europe et accepter qu'un
Ministre gagne 500 fois plus qu'un Professeur de l'Université, plus qu'un Chirurgien ? En
disant cela, nous n'avons même pas encore compté les avantages (voitures de luxe,
villas, per diem, etc.). La Diaspora prolonge les mêmes inégalités salariales et
sociales qui sont à la base de notre sous-développement.
2) L'Appel lancé, il y a plus de six mois, pour soutenir le projet du Service National,
est resté sans échos dans l'Internet. Certes, certains ont envoyé leurs propositions à
Kinshasa, mais un débat public permanent sur le devenir de cette initiative fort louable
n'a pas encore eu lieu. Ceux qui y font allusion au cours des contributions consacrées à
d'autres thèmes présentent ce Service National de façon très négative. Mais quel mal
y-a-t-il à vouloir chercher à former et à encadrer notre Jeunesse ?
3) Le débat que nous avons ouvert autour d'une Constitution maâticratique pour le Congo
ou pour l'Afrique n'a eu qu'une seule réaction. Après quatre contributions, nous avons
dû renoncer à cette initiative, car la discussion autour de la Constitution n'était
manifestement pas au centre des préoccupations de l'élite congolaise à l'étranger.
4) Au moment où nous écrivons ces lignes, beaucoup d'entre-nous sont en possession du
Projet de la Constitution présenté au Président Laurent-Désiré Kabila en mars 1998
par la Commission Constitutionnelle, mais jusqu'à présent, il n'y a aucune discussion
sur ce projet dans l'Internet, à l'exception de la question de la « nationalité ». La
Diaspora attend que la Constitution soit adoptée pour pouvoir réagir.
La paresse aidant, on s'excuse en disant qu'on rejette en bloc ce Projet.
5) Les critiques contre Kabila et son Gouvernement tournent autour de deux catégories
herméneutiques étrangères : a) Démocratie et b) Partis politiques ou multipartisme.
Mais que veut réellement notre Peuple ?
Qu'est-ce qu'il exige ? Comment appelle-t-on en lingala, en kikongo, en luba, en swahili,
etc. ce que notre Peuple exige de l'État et du Gouvernement ? Le multipartisme permettra
certes à quelques mobutistes de revenir au pouvoir ainsi qu'à une dizaine d'anciens
opposants d'avoir des postes politiques. L'Occident sera content, mais notre Peuple
trouvera-t-il son bonheur dans ce partage du « gâteau ».
6) Nous avons l'impression que les Congolais de la Diaspora veulent transformer leurs
sites en une sorte de « galeries de la complaisance auto-suicidaire et de
l"irresponsabilité politique ». Certes, les articles de fond ne manquent pas, mais
ils sont rares. Il en est de même des critiques constructives.
7) ... etc.
Nous pouvons prolonger la liste de nos observations, mais cela n'est pas nécessaire.
Loin de nous l'idée de vouloir discréditer toutes ces contributions dans l'Internet qui
sont comme des cris de protestation contre les condamnations à mort et les
emprisonnements, contre la libération des mobutistes et l'emprisonnement des compagnons
de lutte. Lorsqu'on a la passion de l'Homme, la passion du Congo, on ne peut rester
insensible à ce qui ne devrait pas être, à un « Nicht-sein-sollendes ». Cependant,
nous devons divorcer d'avec les critiques incontrôlées qui risquent de compromettre à
long terme l'avenir de notre pays. Le congo-pessimisme est interprété dans des milieux
économiques comme une preuve du bien-fondé de l'afro-pessimisme et la conséquence,
c'est l'oubli du Congo ou de l'Afrique dans les plans d'investissement. Et ces plans
s'élaborent 5-10 ans avant leurs réalisations. Nous parlons ici des investissements dans
le secteur de la production et non dans celui du pillage des matières premières. Nous
devrions consacrer beaucoup plus de temps à la conception de nouvelles stratégies, des
alternatives et des modèles du développement. Nous devrions apprendre à formuler des
critiques constructives ponctuelles sur des questions ou situations précises. L'Internet
n'est pas un lieu indiqué pour des discussions « familiales ».
La Journée du 17 mai n'est pas une journée de tristesse, mais une Journée de l'Espoir.
C'est la victoire d'un Peuple contre la Violence de l'Etat. Cette victoire demeure un
avertissement pour tout Gouvernant. Notre souhait est que les Congolaises et les
Congolais, aussi bien de la Diaspora que de l'Intérieur, puissent divorcer
définitivement d'avec le mobutisme mental et puissent se laisser féconder par la Maât.
Que le Président Laurent-Désiré Kabila, que nous remercions pour cette Journée
prophétique, ait l'amabilité d'ordonner la libération de tous les prisonniers
politiques, le retour à Kinshasa de Monsieur Tshisekedi, la reprise des activités de
différents partis politiques et de signer le décret-loi de mise en quarantaine politique
de TOUS les mobutistes. De telles décisions, nous permettrons, au cours de cette
deuxième année qui commence, à nous consacrer à l'oeuvre de reconstruction. Nous
devons supprimer tous les avantages matériels liés à des carrières politiques et
valoriser par une nouvelle politique sociale et salariale tous les secteurs vitaux :
santé, enseignement, agriculture, énergie, télécommunication, architecture, etc.
Nous demandons au Président de la République, à ses Conseillers, aux Membres du
Gouvernement, aux Gouverneurs, etc. de renoncer à tous les avantages matériels, en
vendant la totalité des voitures de luxe, en abandonnant les villas et les hôtels, en
acceptant un salaire égal à celui des professeurs, des médecins, des agronomes et des
ingénieurs.
Nous devons radicaliser l'esprit qui était à l'origine de la révolution dont nous
célébrons aujourd'hui la victoire, en suivant non seulement Lumumba mais aussi Thomas
Sankara. Et qui dit Sankara dit : simplicité, austérité toute trappiste et divorce
d'avec l'extravagance et d'avec l'arrogance.
Dr. Mubabinge Bilolo
Cellule Stratégique de la Société Civile Congolaise à l'Etranger
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