Genève, le 23 avril 1998
OBJET: Vos propos
malveillants sur la RDC en Commission de la Chambre
Monsieur Erik DERYCKE
Ministre des Affaires étrangères
Rue des Quatre-Bras 2
B 1000 Bruxelles
Excellence Monsieur le
Ministre,
Bien qu'ayant enlevé in extremis de son
programme l'escale de Kinshasa lors de son périple africain, le Président des Etats Unis
d'Amérique, Monsieur Jefferson Bill Clinton, n'a pas manqué de souligner l'importance
primordiale de la République Démocratique du Congo dans la perspective de la
construction de la Nouvelle Afrique. Commentant les effets attendus de son voyage en
Afrique, M. Clinton a particulièrement insisté sur les menaces qu'entraîneraient de
nouvelles instabilités politiques dans la région des Grands Lacs; si des sacrifices
n'étaient pas rapidement consentis au redressement socio-économique du Congo. Il a
souligné en substance que le succès ou l'échec de la Reconstruction en République
Démocratique du Congo conditionnerait l'équilibre, la stabilité et le développement du
continent africain.
Le Congo est donc une pièce maîtresse de
toute politique judicieuse et ambitieuse de la construction de l'Afrique noire. Rien que
de ce point de vue, notre pays joue, par vocation, un rôle majeur dans le concert des
nations. Toute l'histoire congolaise l'a d'ailleurs explicitement et à suffisance
démontré. Et, en ces temps où l'on parle de mondialisation, de globalisation et
d'intégration économique au niveau planétaire, ses potentialités économiques
naturelles, l'immensité de son étendue territoriale, l'importance de son poids
démographique et sa position géographique stratégique au cur de l'Afrique font de
la République Démocratique du Congo l'un des nouveaux pays qui vont le plus compter sur
la scène internationale au début du prochain siècle.
Mis en évidence et renforcés par
l'éclat de la récente libération du pays par rapport au régime néo-colonial que la
Belgique et la France, avec la caution ou la complicité de l'ONU, auraient aimé nous
imposer indéfiniment, tous ces atouts congolais sont désormais autant de facteurs de
fierté, de cohésion nationale et de zèle patriotique à l'égard de la jeune
République Démocratique du Congo. Aussi, avons-nous été très indignés et révoltés
par vos propos calomnieux, outrageux et machiavéliques tenus en Commission de la Chambre
et reportés par le quotidien Le Soir dans son édition du 22 avril dernier.
Fermant la porte à la coopération
bilatérale directe entre la Belgique et le nouveau Congo, vous avez évoqué pêle-mêle
et maladroitement, on commence à s'y habituer:
- le bannissement de l'éternel président de l'UDPS M.
Etienne Tshisekedi,
- l'arrestation des militants de droit de l'homme,
- la méfiance à l'égard des organisations non
gouvernementales (ONG),
- le meurtre d'une religieuse à Kananga,
- l'échec de la mission d'enquête de l'ONU,
- le différend avec Bruxelles sur des caisses d'armes dans
un consulat belge sur le territoire congolais.
Vous avez conclu votre diabolique
plaidoyer par cette bilieuse et superflue sentence: " Le temps où le Congo pouvait
compter sur une aide illimitée est fini". Comme si à un moment ou à un autre le
Congo avait déjà bénéficié d'une aide quelconque de la Belgique. Même la triste
"Mission zaïroise de clarification", 1989, avait réussi à démontrer devant
l'opinion publique belge, et l'Etat belge avait fini par le reconnaître, comment la
coopération au développement entre la Belgique et le Zaïre n'était pas aussi altruiste
qu'on veut le faire croire. Devant les caméras de télévision, le débat belgo-zaïrois
avait permis de retenir que l'essentiel des sommes avancées au Zaïre ne quittait pas le
territoire belge. Pis, chiffres à l'appui, la délégation congolaise avait précisé
comment la coopération belgo-zaïroise était un commerce particulièrement juteux pour
l'ancienne métropole: trois francs avancés au Congo, prétendument à titre d'aide en
rapportaient trente trois au généreux "donateur". Qui donc aide qui?
Exportant l'épineuse et traditionnelle
question sociale belge au Congo, vous avez rapidement touché le fond de l'incurie en
accusant le Nouveau Régime congolais de concentrer le pouvoir autour d'un groupe de
personnalités originaires du Katanga et du Kasaï. Comme au Rwanda et au Burundi ou au
Congo même avant et après l'Indépendance, l'Etat belge ne s'offusque pas de racialiser
ouvertement le débat politique en République Démocratique du Congo. Les intentions
malveillantes, qui motivent votre démarche sont désormais bien connues, Monsieur le
Ministre. Cette fois-ci, le jeu étant largement dénoncé, votre indélébile entreprise
méphistophélique, quelle que soit la dextérité qui la sous-tend, reste néanmoins
vouée à l'échec.
Il est effectivement affligeant de trouver
au sommet d'un Etat moderne, jouant le rôle fédérateur dans la construction de ce qui
s'annonce comme la prochaine première puissance politique du monde, autant de personnes
incapables de retenir les leçons de leur propre histoire et de lire le sens des
événements. Nous tenons à vous rappeler que le Congo était bien parvenu à
s'émanciper de la tutelle belge contre la volonté de son ancienne métropole. Il est
vrai qu'au lendemain de cette indépendance, spécialiste solidement reconnu de
magouilles, l'Etat belge réussit un grand complot international qui aboutit à
l'assassinat d'Emery-Patrice Lumumba, principal conquérant de notre affranchissement, et
à interrompre consécutivement le premier processus de libération totale du Congo.
Aujourd'hui, s'appuyant sur un nouvel
héros, authentiquement congolais, en la personne de M. Laurent-Désiré Kabila, notre
peuple vient à nouveau de se libérer du régime néo-colonial et méprisable que la
Belgique et la France, avec la caution de l'ONU, lui a imposé depuis 1960, par
l'entremise de leurs brillants collaborateurs que furent Mobutu, Kasa-Vubu et Tshisekedi
pour ne citer que ces trois. De la même manière et en suscitant avec arrogance de
pénibles états d'âme au Royaume de la Belgique, comme jadis au temps de la
décolonisation, la Reconstruction du Congo est sûrement lancée et va bientôt se
confirmer par de hautaines et multiples réalisations. Condamnée à une mortifiante
résistance, la Belgique devra sous peu apprendre à digérer sa honte, ses
responsabilités dans de nombreux drames congolais et l'incurie de ses autorités face à
des événements de plus en plus au-dessus de leur portée.
Au-delà de l'inéluctable reconstruction
du Congo, le problème fondamental qui se dégage de vos propos est celui de l'aide
structurelle du Royaume de Belgique à la République Démocratique du Congo. Mais,
faut-il réellement parler de l'aide dans les rapports belgo-congolais? Tout le monde sait
que c'est le Congo qui a fait de la Belgique tout ce qu'elle peut être aujourd'hui de
matériellement et économiquement appréciable. N'est-ce pas grâce aux richesses du
Congo que la Belgique a pu se doter des infrastructures qui soutiennent son
développement. Même sa simple survie et son rayonnement dans le monde, l'Etat belge les
doit au précieux don de l'histoire que fut le Congo. Sans les richesses du Congo et le
rôle de gestionnaire ou d'intermédiaire dont la communauté internationale a doté la
Belgique d'abord par le biais de Léopold II, puis par la sordide structure coloniale et,
enfin, par le régime belgo-mobutien de la deuxième république, la Belgique, en tant que
Etat, aurait déjà disparu sous la férule de la pauvreté et de ses incessantes
querelles ethniques.
D'ordinaire, pour connaître certains
faits du passé, il faut recourir aux archives, aux livres d'histoire, aux illustres
encyclopédies. En ce qui concerne le rôle joué par le Congo dans la construction de la
Belgique, dans le rayonnement et la survie de l'Etat belge, les faits relèvent de la
culture générale la plus répandue et la mieux connue. Aussi, tout petit dictionnaire
actuellement sur le marché ne peut évoquer le Royaume de Belgique sans faire référence
au Congo et vice versa.
Mais pour qui s'intéresse davantage à la
culture générale et à l'histoire, la présence belge au Congo est émaillée de
multiples et horribles crimes écologiques, économiques, sociaux, politiques et humains.
Depuis belle lurette, les exactions belges au Congo sont utilisés dans plusieurs livres
d'histoire ou de vocabulaire en explication et en illustration d'ignominieux termes et
phénomènes de prédation, de spoliation. De Léopold II à Mobutu, la Belgique s'est
illustrée par la manière la plus inhumaine dont elle a saigné à blanc l'immaculé
peuple congolais.
Avec vive stupeur, l'opinion
internationale découvre seulement aujourd'hui les horreurs dont le peuple belge peut se
rendre coupable. Les terribles ignominies que l'on reproche actuellement à Dutroux, au
Pasteur Pandro ou au dépeceur de Mons ont été, pendant le long siècle de la domination
belge, le lot quotidien du peuple congolais. Et, elles étaient pratiquées à une si
grande échelle que les Congolais avaient fini par les assimiler aux paramètres normaux
de la colonisation; donc, appliquées également dans d'autres colonies.
Les enlèvements des enfants et des femmes
faisaient partie des angoisses générales permanentes sur toute l'étendue du territoire
congolais. La pédophilie, plus spécifiquement, avait été érigée en véritable
système dans toutes les paroisses et écoles catholiques; surtout lorsque ces dernières
étaient dotées d'internat. Ainsi, prêtres, pasteurs et fonctionnaires belges ont-ils
aimé et aimé de petits nègres congolais. Il suffirait de lancer une campagne de
témoignage, les révélations seraient accablantes pour tout le royaume de Belgique. Si
les Belges connaissaient un peu leur histoire, aucun n'oserait, en état normal, se
comporter en donneur des leçons; encore moins aux Congolais.
Sous d'autres cieux, il y aurait déjà eu
moult vives mobilisations pour exiger excuses, repentance et réparation. Nous croyons que
tôt ou tard, les patriotes congolais devraient un jour examiner sérieusement
l'opportunité de réclamer des comptes à la Belgique; le cas échéant, par les armes.
D'ores et déjà, nous nous engageons à orienter l'opinion dans ce sens et à nous
investir nous-mêmes dans le processus.
Ainsi, Excellence Monsieur le Ministre,
vis-à-vis du Congo, votre pays se trouve plutôt enchevêtrés dans des responsabilités
morales, politiques et juridiques très très lourdes à assumer. Mais, il faut attendre
une communauté internationale équitablement organisée et un Congo suffisamment puissant
pour espérer pouvoir exiger valablement ses droits avec espoir d'être entendu. A l'heure
où l'on ne parle que de globalisation, de l'intégration et du commerce, maintes
opportunités semblent s'ouvrir à la jeune République Démocratique du Congo et
concourir incidemment à accélérer ce processus, en fait déjà lancé.
Un mot et une réponse sur chacune des
récriminations que vous formulez allègrement à l'encontre du régime de Kinshasa.
A propos du bannissement d'Etienne
Tshisekedi, votre colère est bien compréhensible dans la mesure où elle témoigne de
l'anicroche d'une personne ou d'un Etat dont le complot a été déjoué. En effet, comme
en 1960, M. Tshisekedi est bien l'une des épines que des forces occultes, ennemies du
peuple congolais, avaient placées dans les pieds des libérateurs afin de pouvoir mieux
les déstabiliser. Aux dernières nouvelles, le plan visait l'élimination physique de
Tshisekedi lui-même et habiller la tragédie en crime politique pour l'imputer au Nouveau
Régime. Il faudra revoir ce plan qui a tourné court.
La mesure du bannissement elle-même se
justifie amplement et juridiquement d'autant qu'elle frappe une personne dont le
comportement de dangereux agitateur n'est plus à démontrer. Peut-on faire autrement avec
ce type d'individus dans cette phase de rupture et de liquidation du sombre passé ainsi
qu'au moment où le nouveau pouvoir a besoin de faire preuve d'une grande fermeté pour
restaurer l'autorité perdue de l'Etat et la sécurité générale dans le pays?
Quant aux prétendus militants de droit de
l'homme arrêtés, il aurait été plus crédible de citer des noms précis et de
démontrer qu'ils n'ont été appréhendés que pour avoir dénoncé les violations de
droits de l'homme au Congo. On sait par habitude que vous mélangez sciemment les
interpellations relatives aux délits et crimes de droit commun dès lors que vous y
trouvez des alibis pour vous attaquer aux autorités congolaises. Mais en fait,
qu'entendez-vous par militants de droits de l'homme au Congo? N'est-ce pas ces agents
déstabilisateurs que vous recrutez et soutenez à gros sous pour amplifier votre travail
de sape et qui s'investissent maladroitement dans la propagande politique? Le cas de
Guillaume Ngefa, dont le parcours troublant, est là pour illustrer notre propos. Et que
dire de diverses associations à connotation ethnique que la Belgique soudoie ouvertement
malgré leur option, largement dénoncée, d'opposer ethniquement des Congolais et de
multiplier des tensions?
L'une des plus fallacieuses de vos
critiques est bien celle qui fait référence aux ennuis dont les médias feraient objet
au Congo. Une chose particulièrement importante que vous n'arrivez malheureusement pas à
discernez, Monsieur le Ministre, réside dans le fait que, sans avoir besoin d'une
représentation diplomatique au Congo, l'opinion publique est aussi témoin de ce qui s'y
passe réellement. Des journaux écrits et publiés au Congo nous parviennent chaque jour
en Europe. Certains de leurs articles, spécialement les plus acerbes contre le pouvoir,
sont repris sur la quasi totalité des sites internet congolais. Pourtant, les maisons qui
éditent ces journaux continuent à fonctionner normalement, les journalistes auteurs de
ces articles continuent à vaquer à leurs occupations et persévèrent manifestement dans
leur option de l'information spécifiquement critique à l'égard du gouvernement.
Comme vous, nous assistons aussi aux
reportages réalisés par des journalistes étrangers sur la situation en République
Démocratique du Congo. Certains de ces reportages sont souvent diffusés en direct à
partir du territoire congolais. Rarement, ces reportages sont tendres avec le régime de
Kinshasa. Et pourtant, nous n'avons pas encore appris que l'Etat congolais s'est rendu
coupable d'une agression quelconque à l'égard des reporters européens dont la plupart
font sciemment ou naïvement un travail de sape indubitable à l'endroit du Nouveau
Régime.
Pour notre part, nous considérons que le
journalisme est un métier, l'un des plus nobles de notre époque. En tant que tel, le
journalisme a sa déontologie et, dans un Etat de droit, le journaliste doit aussi opérer
selon certaines règles préétablies. Enfreindre les lois qui régissent le métier de
journaliste au Congo est aussi un délit passible de poursuites comme cela se fait en
Belgique ou ailleurs.
Depuis l'opération "Turquoise"
en 1994 jusqu'à ce jour, réagissant au refus du Conseil de Sécurité de l'ONU d'envoyer
à la rescousse des protégés des Français et des Belges une force militaire
d'"interposition", la France et la Belgique ont développé un trafic illégal
d'armes en vue de déstabiliser une région où elles venaient de perdre brutalement leur
influence politique séculaire. Dans ce combat d'arrière-garde, bon nombre d'agents
pseudo-humanitaires ont été surpris et à maintes reprises en flagrant délit. Aux
dernières nouvelles et à notre grand étonnement, nous apprenons que ces affligeants
spectacles se poursuivent inopinément. Ce sont donc ces ONG affidées qui ont
elles-mêmes créé un climat de suspicion générale à leur égard. Le Congo, tout comme
les autres pays de la région ostensiblement victimes de vos acolytes, devrait adopter une
attitude de grande fermeté à l'égard de ces traîtres de la cause humanitaire; ce qui
est loin d'être le cas actuellement.
Le meurtre de la Révérende Sur
Anne de Rusmeau, religieuse de la congrégation de Charité de Heules, assassinée le 08
avril 1998 à Nganza (Kasaï - Occidental) est un des aspects de l'héritage du régime
néo-colonial que la Belgique, par l'entremise de Mobutu a méchamment imposé aux
Congolais des décennies durant. En effet, les auteurs de ce crime ont été démasqués.
Il s'agit d'anciens agents de l'ordre du régime déchu. C'est parmi eux que la Belgique
recrute ses nouveaux cafards pour déstabiliser le nouveau pouvoir au Congo. C'est du
déjà connu et l'instantanéité de la réaction de l'Etat belge visant à imputer cet
odieux forfait au gouvernement congolais ne peut que renforcer cette horrible thèse.
Une conjecture d'autant plus plausible
qu'elle explique beaucoup de situations obscures dans les rapports actuellement tumultueux
entre la Belgique et le Congo. Elle permet de comprendre notamment à quel moyen, lorsque
la recherche ou le maintien de son influence sur le Congo l'exige, la Belgique est prête
à recourir pour obtenir certains résultats. Jusqu'à ce jour, elle y est parvenue assez
aisément avec la complicité objective des pseudo-nationalistes locaux. L'assassinat
d'Emery-Patrice Lumumba, les épurations ethniques successives au Katanga et au Kivu, les
génocides à répétition au Rwanda et au Burundi sont là pour le rappeler.
C'est l'obsession aveugle de retrouver
leur influence perdue au Congo qui est à la base des rapports conflictuels entre la
France et la Belgique d'une part, et le Congo d'autre part. Face à la détermination du
Gouvernement congolais de rompre de manière drastique avec le honteux passé, les
néo-colonialistes et les avatars du mobutisme tentent une résistance en terme de
légalité de la CNS. Et pendant que le Nouveau Régime recherche une cohésion interne,
tous les efforts des anciennes métropoles, singulièrement de la Belgique, tendent à
faire éclater un nouveau conflit dans la perspective d'acculer le Gouvernement de Salut
public à la faillite. On comprend dès lors le soutien significatif réservé à des
groupuscules politiques camouflées sous les apparences des associations humanitaires, cas
de l'AZADHO, ou la mise en évidence des personnes assoiffées du pouvoir pour le pouvoir
et manifestant des limites patriotiques, nationalistes et intellectuelles évidentes tels
que Docteur François Tshipamba Mpuila (UDPS - Bénélux) ou M. Albert M'Peti (PDSC -
Belgique).
En présence des courants politiques
caractérisés par d'énormes problèmes de discernement devant les enjeux nationaux et
face à des ex-soldats transformés en bandits de grand chemin sur l'ensemble du pays, le
meurtre de la religieuse à Kananga, illico exploité politiquement par l'Etat belge,
vient brutalement rappeler l'ampleur de la tâche et les embûches de parcours auxquelles
le nouveau pouvoir congolais est confronté. La mission onusienne d'enquête sur des
massacres des Hutu dans l'est du pays s'inscrit évidemment dans cette même logique de
machination appliquée à diffamer un mouvement libérateur auréolé de l'une des plus
grandes victoires sur le colonialisme et l'impérialisme.
Destiné à concourir à la démonstration
des fausses thèses concoctées dans de grands laboratoires politiques de l'Élysée et de
Bruxelles, le succès de la mission onusienne au Congo ne pouvait reposer que sur la
naïveté supposée des jeunes autorités congolaises et sur la corruption des populations
locales. Démontrant une maturité politique inattendue et grandissante, les unes et les
autres ont su superbement faire face à la cynique manipulation belgo-française. Aussi,
l'échec prévisible du piège onusien contre le régime congolais s'est-il confirmé de
manière éclatante. C'est donc pour habiller ce cuisant fiasco que le pion des puissances
néo-colonialistes a pris la décision malhonnête de mettre brutalement fin à un mandat
qui, somme toute, était déjà arrivé à son terme sans résultat convaincant.
Toutefois, ce retrait anticipé de la
Commission de l'ONU du Congo, tout comme la démarche hypocrite des Commissions d'enquête
parlementaire belge et français sur les rôles respectifs de ces deux puissances
colonialistes dans le génocide rwandais d'avril 1994, tente d'étouffer une vérité qui
risque de secouer sérieusement pas mal de milieux politiques belges et français, ainsi
que certaines instances de l'ONU. En effet, la vérité sur le génocide rwandais et sur
de nombreux massacres des populations civiles dans l'est du Congo, dans l'horrible ampleur
où ils ont été présentés dans les médias et en face des hypothèses de plus en plus
nombreuses de l'implication politique des Etats occidentaux et organisations
internationales, suscite la curiosité et déclenche aujourd'hui diverses et nombreuses
passions pour rétablir la vérité.
Peut-être vous le savez déjà, ou nous
vous l'apprenons, il y a actuellement un pétulant engouement à mettre en lumière ce qui
s'est réellement passé dans la conception, dans le déclenchement, dans la réalisation
de ces nombreux crimes dans la région des Grands Lacs depuis les événements de 1994
jusqu'à ce jour. D'abondant livres de témoignage, et ce dans tous les milieux notamment
parmi les agents humanitaires de toutes les nationalités, sont en cours de rédaction.
Des recherches académiques menées par des universitaires de toutes les catégories et de
divers horizons arrivent à la phase de leur publication. Des journalistes de talent, bien
qu'ayant longtemps défendu d'autres thèses, préparent aujourd'hui d'incendiaires
monographies s'appuyant sur une richesse étonnante de sources et de révélations. La
plupart de ces uvres en préparation concourent à la rectification des matoiseries
collectives malhonnêtement entretenues par Paris, Bruxelles et l'ONU.
Enfin, le problème de caisses d'armes
découvertes dans le consulat belge à Lubumbashi ne peut qu'accroître de solides
soupçons qui pèsent déjà sur l'Etat belge en tant qu'acteur d'un complot international
visant à déstabiliser politiquement la région des Grands Lacs et, plus spécifiquement,
à contraindre le Nouveau Régime congolais à la déconfiture. Certes, il y a des
agitations locales de mécontentement à l'encontre de l'AFDL et certains de ces insurgés
se défendent par des armes. La responsabilité de ces derniers dans la recrudescence de
l'insécurité qui se développe actuellement au Congo est totale. Toutefois, on sera
tenté de réduire l'activisme des opposants internes à la responsabilité morale en
terme de trahison et de problème de discernement. Par contre, l'implication de l'Etat
belge dans ces multiples affaires louches et dans ces crimes répétitifs relève du
terrorisme d'Etat qui nécessite une vigoureuse et rapide réaction.
Après sa brillante seconde libération,
la République Démocratique du Congo est confrontée à une urgence fondamentale, celle
de sa reconstruction. Devant la gravité et l'étendue de cette mission hautement sacrée,
tous les pays qui se disent amis du peuple congolais se trouvent devant la responsabilité
historique de donner, et de manière tangible, leur contribution à l'uvre amorcée.
Car, pour nous, même la simple passivité devant ce processus équivaut à une
complicité d'obstruction et à la trahison. Or, la Belgique fait plus que cela. La
dénonciation dramatique des faits connus à l'approche de la réunion des Amis du Congo
n'est pas une démarche innocente. Elle vise notamment à noircir l'image du Gouvernement
de Kinshasa et à priver d'aide un peuple congolais victime d'appartenir à un pays riche,
qui suscite de multiples convoitises et de toute part.
Comment peut-on expliquer la
détermination de la Belgique a garder une main mise sur le Congo et son acharnement à
humilier incessamment les autorités congolaises? En effet, la Belgique est un petit Etat
pauvre dont la survie et le rayonnement se sont bâtis sur le dos des Congolaise par
l'entremise de la colonisation. Sa vitalité et son arrogance actuelles lui sont
conférées par sa participation à la construction européenne. Cependant, l'Europe ne
peut plus cacher la décadence politique du petit royaume de Belgique. La gestion
tumultueuse par l'Etat belge de ses rapports avec toutes ses anciennes colonies donne,
s'il en fallait encore une, la preuve que plus rien ne fonctionne normalement en Belgique.
L'affaire Dutroux, entre autre, n'est-elle pas devenue le symbole d'un pays malade, d'un
peuple désorienté, d'une société qui s'interroge sur l'éboulement de ses valeurs et
l'impéritie de ses autorités?
Au terme de la Commission
d'enquête parlementaire, qui avait dû aborder la question de complicités au niveau des
responsables politique et militaire belges sur lesquels les ex-FAR et les milices
Interhamwe se seraient appuyés pour perpétrer le génocide de 1994, le malaise n'a pas
été dissipé. D'autant que plusieurs Belges se comptent aussi parmi des victimes
clairement identifiées. De vastes zones d'ombre subsistent et le sentiment qu'il y a eu
volonté délibérée de dissimuler la vérité a stimulé la curiosité scientifique à
l'échelle internationale. Pour l'opinion publique belge, qui s'exprime de plus en plus
ouvertement, la question ne semble pas réglée. Aussi, si des éléments permettant de
conclure à une participation objective de la Belgique au complot sont encore fugaces,
c'est la thèse de l'incompétence qui est alors évoquée. Dans les deux cas, le
problème de la responsabilité politique belge est désormais explicitement posé.
S'ajoutant aux dysfonctionnements
internes du système, cette responsabilité manifeste de l'Etat belge dans des crimes les
plus odieux et les plus rebutants de cette fin de siècle, soulève évidemment des
interrogations sur la survie d'un royaume déliquescent et en plein démembrement. Le
recours tardif à un fédéralisme de nature ethnique ne semble pas en mesure de stopper
la désagrégation d'un Etat rouillé par des magouilles de toute sorte et reposant sur un
système de partis politiques clientélistes et corrompus. L'exportation des problèmes
belges au Congo ne pourra plus avoir le même impact que dans le passé. Tout simplement
parce que le nouveau Congo se veut un Etat réellement souverain et s'évertue à élargir
la palette de ses alliances structurelles. L'ère des liens privilégiés avec la Belgique
est désormais révolue.
Vous voudrez bien croire, Excellence Monsieur le Ministre, à l'assurance de notre très haute
considération.
Pour le Comité Exécutif de FOPAC,
Lwakale Mubengay BAFWA ( bafwa@iprolink.ch )
Président
C.I. :
- A Son Excellence Monsieur Laurent-Désiré KABILA
Président de la République
Avenue de Lemera
Kinshasa - Gombe
A Sa Majesté le Roi Albert II
Palais Royal
B - 1000 Bruxelles
- A Son Excellence Jean Luc DEHAENE
Premier Ministre
Rue de la Loi 16
B - 1000 Bruxelles
- A Son Excellence Monsieur Kofi ANNAN
Secrétaire général de l'ONU
Avenue de la Paix 8 - 14
CH - 1202 Genève
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