| Réponse à un article
Eyademiste de Jeune Afrique |
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| Babou |
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Réponse aux articles de François Soudan et
Hamza Kaïdi parus dans le " Jeune Afrique ", n°1955 du 30 juin au juillet 1998
: " Lui ou le chaos? ", et " Pressions, intimidations, menaces
".
Vous avez démontré dans ces deux mini articles votre sens cruel du deux poids, deux
mesures lorsqu'il s'agit d'écrire sur la démocratie ou de parler de justice en Afrique
et au Proche Orient.
Certes, tout le monde sait que Jeune Afrique a une extrême aversion à trop critiquer les
pays francophones du pré-carré français : la Côte d'ivoire, le Sénégal, le Togo, le
Gabon, etc.; certes, les dictateurs africains sont rendus maîtres dans l'art de "
maîtriser " les médias internationaux, certes
, mais mettre l'opposition
togolaise, et son leader Gilchrist Olympio dont apparemment la candidature ne vous plaît
pas parce qu'il n'a pas 13000 militaires ethniques pour assurer sa victoire et le
dictateur Eyadema, sans doute le plus redoutable que l'Afrique ait connu, dans le même
sac est trop exagéré, trop partiale comme analyse pour rester sans réaction. Le renvoi
dos à dos de deux personnes qui symbolisent presque le loup et l'agneau voile mal votre
préférence pour le dictateur.
Votre volonté de noyer, de diluer la situation atroce, unique et sans précédent dans le
continent que vit le Togo depuis 33 ans dans la diversité des situations que connaît
l'Afrique dans son processus de démocratisation m'a choqué personnellement et sans doute
aussi beaucoup d'autres en Afrique et ailleurs dans le monde.
Il y a une volonté délibérée de faire passer Eyadema pour un homme politique ordinaire
qui s'accroche au pouvoir. Et pourtant, qu'est ce qu'il y a de commun entre lui et Abdou
Diouf dont la réélection est régulièrement contestée, à juste titre, par Wade;
Qu'est-ce qu'il y a de commun entre lui et Kérékou, même au temps de son règne d'avant
le processus de démocratisation; entre lui et Alpha Konaré, entre lui et Rasiraka de
Madagascar, entre lui et Ben Ali dont vous taisez toujours les faits et gestes de son
régime pour des raisons évidentes. Non, votre reportage, c'est trop gros et c'est
immoral.
François Soudan, un journaliste si percutant quand il s'agit de traiter des problèmes du
Proche Orient , en vient à philosopher sur la culture africaine, à se poser des fausses
questions sur l'incompatibilité supposées entre les valeurs traditionnelles africaines
et la démocratie " occidentale " et ce pour rendre compte d'une parodie
d'élection au Togo que tout le monde savait pour la forme, dont tout le monde savait les
dés pipés. Quelle contribution profonde de la part d'un journaliste connu pour son zèle
et sa largesse de vue dans les questions arabes? Imaginez François Soudan ou Hamza Kaïdi
renvoyer dos à dos Netanyahou et Arafat pour les obstacles au processus de paix au Proche
Orient.
D'après vos illustres journalistes, les responsables du chaos togolais, ce sont Eyadema
et Olympio, l'un s'accroche au pouvoir comme n'importe qui dans le monde, : que des
circonstances très atténuantes?, l'autre est un revanchard qui confond famille et destin
national, Lomé et le pays tout entier, en plus il serait incapable d'assurer sa victoire
sans une garde prétorienne du Ghana.
Nos journalistes rappellent la longévité du régime Eyadema et lancent immédiatement
l'anathème sur Olympio qui selon eux inquiètent les milieux d'affaires (togolais?,
français?) et les pays de la sous-région.
À aucun moment, les journalistes ne font allusion à l'armée 100% ethnique de Eyadema.
Ces militaires déclaraient en 1992 lors de leur affrontement avec Kofigo : " Nous
allons brûler tout Lomé si on ne laisse pas en paix le Président Eyadema.". Autant
dire des inconditionnels qui ne travaillent que pour défendre leur chef.
François Soudan n'a même pas eu l'honnêteté d'expliquer les raisons qui ont fait que
Olympio ait voté par procuration; il a omis le forfait d'Eyadema d'il y a 33 ans quand il
a assassiné le premier président du Togo avec le concours de la France.
Revenons aux élections. À qui la faute si encore une fois, les élections ont donné
lieu à des affrontements dans les rues de Lomé entre une population civile, sans armes,
comme les bosniaques et les palestiniens et les tueurs de Eyadema, aussi redoutables que
les exécuteurs serbes ou colons juifs?
Jeune Afrique affirme que la faute est partagée entre le parti au pouvoir, qui s'accroche
légitiment au pouvoir et qui craint le massacre des Kabyés, ethnie de Eyadema (on se
croirait dans un reportage sur les Serbes au Kosovo fait par Jirinovski de Russie) et les
revanchards de Lomé presque atteints de schizophrénie, incapables de se choisir un chef
autre que Olympio.
Imaginez une seule fois Jeune Afrique tenir des propos aussi neutralisants sur un
problème arabe ou islamique. D'après la structure démographique des pays d'Afrique,
sauf quelques rares exceptions, le pays c'est la capitale : l'Égypte se résume au Caire,
la Tunisie à Tunis, la Côte d'ivoire à Abidjan,
. Pourquoi Olympio qui est
majoritaire à Lomé (30% de la population du Togo), à Anécho, à Palimé, à Akpamé,
ne serait pas un bon candidat? Additionnées, toutes ces circonscriptions représentent
75% de la population du pays.
Dans une récente révélation des services secrets américains, aucun régime arabe ne
serait reconduit par les urnes sauf peut être Kadafi. Ils seraient tous battus par les
islamistes. Et pourtant, Jeune Afrique n'a jamais remis en cause leur légitimité, alors
pourquoi celle de Olympio ne serait pas légitime? Il vit au Ghana, à qui la faute, il a
passé tout près de la mort en 1993 dans une zone où il n'y avait que les gens de
l'armée de Eyadema, à qui la faute?, il a voté par procuration, à qui la faute?
Votre parti pris est manifeste lorsque vous imputez la démission de la Commission
électorale à Olympio. C'est incroyable mais vrai. Comment l'opposition qui rase les
mûrs de peur de se faire assassiner peut faire peur aux membres de la commission, tous
nommés par décret par Eyadema? Là vous êtes dans la contre-vérité. L'opposition n'a
pas des armes, n'a pas de milices. Comment peut-elle faire peur? De quelles pressions
dispose t-elle? Comment peut-elle intimider les fonctionnaires du régime le plus policier
d'Afrique? Savez-vous que le peuple togolais n'a même pas le droit de se déplacer dans
son propre pays? Imaginez un seul sympathisant de l'opposition à Lama Kara, fief de
Eyadema.
François Soudan a fait taire cette réalité. Jeune Afrique avait soutenu les bosniaques,
les tchétchènes, les cachemires, etc., il n'a jamais douté de l'irréalisme de leur
lutte au milieu des forces hostiles culturellement, religieusement et politiquement mais
se complaît de dire qu'il n'est pas de bonne augure pour l'opposition togolaise d'avoir
Olympio comme candidat. Votre sens du deux poids, deux mesures est manifeste.
Le seul crime de Olympio à vos yeux, c'est qu'il est le fils d'un ancien président
assassiné par l'actuel Eyadema, c'est qu'il réside au Ghana anglophone. Et pourtant,
c'est l'opposant le plus paisible d'Afrique, il n'a jamais levé un guérilla, il est
même opposé à la violence. À un journaliste qui lui demandait si seule la lutte armée
pourrait faire partir Eyadema, il a répondu que la violence est la pire des choses à
éviter. Il a seulement demandé des sanctions de la part de la communauté internationale
comme Mandela le demandait, même hors de prison, comme Soyenka le fait aujourd'hui contre
les militaires nigérians.
On sait que le général-président ne veut pas quitter le pouvoir mais Olympio n'a jamais
tenu ce que vous lui prêtez comme propos. Quand est-ce qu'il a dit le pouvoir ou la
guerre civile? Alors, messieurs de Jeune Afrique, faut-il condamner la victime parce que
la défaite du plus fort serait redoutable? Voilà ce à quoi se résume votre couverture
des élections au Togo.
Concernant les observateurs, vous dites qu'ils ne sont pas sur la même longueur d'ondes.
Voilà encore une autre manière de noyer le tout dans la grisaille et de trouver une
circonstance atténuante à Eyadema. Toutes les dépêches de l'AFP rapportent que les
observateurs ont mis en doute la transparence du processus électoral, les Américains se
sont joints aux observateurs de l'Union européenne. Un seul observateur, le seul
français, s'est dissocié des autres observateurs pour les raisons que l'on peut deviner.
Il est très difficile pour un français à l'étranger de ne pas tenir compte de la
position de son ambassade.
Babou |
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