| Le Congo peut encore
renaîtreLe 30 juin 2001, la République Démocratique du
Congo a fêté le 41ème anniversaire de son indépendance. Daucuns auraient bien
voulu quil fût un anniversaire de la maturité. Il nen était,
malheureusement, pas question. Le Congo semble sêtre enlisé dans une crise de
croissance sans fin. Ce ne sont pourtant pas les atouts qui lui ont manqué : un potentiel
humain enviable, dinnombrables ressources naturelles et un contexte historique
exceptionnellement favorable (nous navons su tirer parti ni de la croissance
économique des années 1967 à 1973, ni de la guerre froide).
Trois personnalités aux styles très
différents se sont succédé à la tête de lEtat congolais, sans arriver à
assurer au pays et à son peuple un développement digne dune grande nation :
lhonnête homme Joseph Kasa-Vubu, dont la loyauté a fini par se muer en inertie; le
stratège et fin politique Joseph-Désiré Mobutu, dont les bonnes réalisations se sont
évanouies, avec lui, dans le fossé creusé, au fil de temps, par un pouvoir trop
personnel et corrompu; lindomptable et nationaliste militant Laurent-Désiré
Kabila, dont laction, brutalement interrompue par une mort tragique, portera à
jamais la marque de linachevé.
Le premier a trouvé ses limites dans le
fonctionnement dun système démocratique de gouvernement qui faisait du premier
ministre le véritable chef de lExécutif. Le second sest figé, jusquà
la cécité, dans un régime autocratique qui a fini par causer sa propre perte. Le
dernier na pas su prendre la véritable mesure de lampleur de la tâche à
laquelle il sétait attelé; il sest battu sur plusieurs fronts à la fois et
sest fourvoyé. Tous ont, donc, essayé, mais personne na pu gagner le pari de
faire du Congo un Etat moderne.
41 ans dautonomie politique nous ont
laissés au seuil du progrès. Découragés par notre état dindigence, et craignant
pour leur propre avenir, beaucoup de nos jeunes quittent , par tous les moyens, notre pays
et émigrent ailleurs pour tenter dy trouver ce que nous aurions pu leur offrir ici
chez nous. La leçon à en tirer est celle-ci : il ne suffit pas de se débarrasser du
carcan colonial pour prétendre, du jour au lendemain, à la pleine souveraineté (Nous
avons été, pendant longtemps, à la traîne des USA). Il ne suffit pas, non plus, de se
savoir ou se dire dotés de tant de richesses naturelles, pour vivre dans lopulence
(Nous nous retrouvons, aujourdhui, au bas du classement mondial, concernant le
revenu par tête dhabitant; notre peuple vit dans une pauvreté endémique). Il faut
un minimum dorganisation et une volonté politique. Il faut travailler et créer les
conditions essentielles dun développement intégral. Cela ne pouvait pas être
possible dans un pays longtemps ballotté par des vents contraires : sécessions, guerres
civiles, incursions armées, émeutes de la faim, pillages, guerres de libération,
invasions et occupations étrangères.
Ironie de lhistoire : en 1956, Van
Bilsen avait conçu et proposé un plan dautonomie réalisable en 30 ans, en vue de
préparer une relève compétence et dassurer une transition ordonnée. A
lépoque, beaucoup nont pas compris, certains nont même pas voulu en
entendre parler. Nos leaders, eux, se sont montrés impatients. Aujourdhui, 41 ans
après lindépendance, nous sommes encore en train de nous chercher. Les faits
risquent, malheureusement, de lui donner raison.
Le nouveau millénaire, une
seconde chance pour le Congo
Ce qui na pas été accompli au
vingtième siècle pour sortir le Congo du bourbier, peut encore lêtre en ce début
du troisième millénaire, tant quil y aura en ce monde des Congolais déterminés
à relever le défi du développement de leur beau et grand pays. Mais, ils devront, au
préalable, prendre acte du fait que la République Démocratique du Congo a perdu
beaucoup dattributs de sa souveraineté. Elle est, en effet, à ce jour, incapable
de nourrir toute sa population, de garantir la sécurité de ses habitants, de défendre
et de préserver lintégrité de son territoire menacé déclatement, de
protéger ses frontières, dassurer à son peuple le transport en commun,
léducation et les soins de santé pour tous; incapable également, à lheure
actuelle, de faire des choix politiques déterminants, sans tenir compte des avis de ses
alliés. Cest dans les limites de ces contraintes que les bâtisseurs de la IIIème
République devront redoubler dinventivité, afin de se donner les moyens de leur
action.
Conditions pour une assistance
Pour parvenir à faire du Congo un Etat
moderne, un certain nombre de choses doivent changer, même si des acquis positifs des
quatres dernières décennies peuvent être conservés. Plus concrètement, il faudrait :
* Changer la conception du peuple dans le
chef de nos leaders politiques. On ne gère pas les libertés comme on déplacerait les
meubles. Un peuple nest pas un troupeau de bétail. Cest une noble portion de
lhumanité, capable dadhésion et de refus, à même de poser des choix
éclairés et responsables. Il y a, derrière chaque citoyen, plus quun simple
suffrage à conquérir par tous les moyens, y compris par la ruse, lescroquerie et
le mensonge. Il y a toute une charge affective qui influe sur le comportement : il y a des
aspirations, des ambitions et des attentes légitimes que lon peut contrarier. Bref,
derrière chaque citoyen, il existe une individualité, une personnalité, une force avec
lesquelles il faut absolument compter et dont on ne peut pas impunément mépriser la
dignité. Un peuple honni et chosifié finit, tôt ou tard et dune manière ou
dune autre, par sanctionner larrogance de ses dirigeants.
* Accepter et favoriser le renouvellement
de la classe politique congolaise, en reconnaissant, davance, que la majorité de
nos leaders politiques, qui continuent de sagiter, nont plus rien de neuf ni
de pertinent à proposer à nos populations sinistrés. Le Congo a besoin dune
nouvelle génération de politiciens dont la foi et les ambitions épousent et reflètent
les profondes aspirations dun peuple qui, depuis longtemps, attend que le soleil se
lève sur la nuit de son interminable martyre. Des patriotes capables daimer
passionnément leur pays, sans démagogie ni relents de xénophobie. Des gouvernants
compétents et intègres soucieux du seul bonheur des Congolais. Des dirigeants conscients
dagir par mandat du peuple qui les choisit et disposés à lui rendre compte de
leurs actes et de leur gestion de la chose publique.
* Consentir et sengager
effectivement à créer un Etat de droit; cest-à-dire un espace de vie commune où
le recours aux armes et à la violence pour se faire entendre et pour conquérir ou
conserver le pouvoir serait rendu inutile et illégale; une société dans laquelle le
droit cesserait dêtre une aumône. Ce serait, toutefois, bâtir sur le sable que de
vouloir instaurer un Etat de droit sans, dabord, assainir le corps des magistrats et
mettre sur pied un système juridique qui fonctionne et qui soit crédible. Sassurer
de limpartialité de ceux qui doivent appliquer les lois et rendre la justice est un
devoir sacré pour tout gouvernement responsable. Cest la seule façon de barrer la
route à lanarchie et à ses corollaires que sont limpunité,
larbitraire, la gabégie, la corruption, le trafic dinfluence, le clanisme, le
tribalisme, le népotisme, la gestion au petit bonheur, léclosion de la caste des
intouchables, et la justice à plusieurs vitesses qui sert de matrice féconde à toutes
les inégalités et injustices sociales, lesquelles, à la longue, servent de détonateurs
à des révolutions violentes.
* Bannir la gouvernance à huis clos et
les cloisonnements des acteurs politiques. Pour ce faire, il est indispensable
dinstaurer et de rendre fonctionnels les mécanismes favorisant la communication
entre gouvernants et gouvernés, et permettant de désamorcer les tensions sociales. Le
rôle catalyseur des associations et des syndicats trouve, ici, toute son importance.
Restituer le pouvoir au peuple, en redonnant la parole à la base, est un impératif
incontournable pour qui veut gouverner en démocratie. Doù la nécessité de créer
un cadre juridique qui promeut la liberté dexpression, tout en rendant plus
responsables les opérateurs des médias. On ne peut pas penser développement et
sacharner, en même temps, à empêcher le débat didées, à tuer la
réflexion et lesprit dinitiative. Le temps où les tenants du pouvoir avaient
le monopole de la vérité est bien révolu.
* Rappeler, à tout prix, à tous les
citoyens congolais, quils nont pas que des droits à revendiquer, mais
quils ont également des devoirs à accomplir vis-à-vis de la nation : apporter
leur contribution au progrès socio-économique du Congo, payer les impôts et les taxes,
régler les factures relatives aux services publics (eau, électricité, poste,
téléphone, etc.), exercer le droit de vote, protéger le patrimoine national et
défendre lintégrité territoriale du pays.
* Eviter les écueils du passé, rompre
avec la manière dagir dun autre âge cristalisée dans la logomachie, le
culte de la personnalité, les dérives du pouvoir autocratique et
lirresponsabilité dans la gestion de la chose publique. Ecueils du passé et
manière dagir qui ont maintenu, pendant plus de 30 ans, le peuple congolais à la
lisière du paradis tant rêvé avant lindépendance, et qui est demeuré un mirage,
une promesse jamais tenue après laccession du Congo à lautonomie totale.
* Remettre le peuple au travail et
encourager les investissements, sans perdre de vue le fait que la reconstruction nationale
- une affaire de tout le monde - ne peut être possible quavec le retour de la paix.
Il faut, donc, arrêter la guerre. Un Congo déstabilisé nintéresse personne, sauf
les marchands de canons et les pillards.
Le prix à payer
Le Dialogue national ou Dialogue
inter-congolais tant attendu, nest pas, en soi, une panacée, même sil
représente, aujourdhui, la seule voie par laquelle tout peut rentrer
définitivement dans lordre, dans notre pays. Son principal objectif est de jeter
les bases de linstauration dun Etat de droit en République Démocratique du
Congo. Lenjeu - et il est de taille - cest daboutir à un accord
consensuel devant baliser lavenir. Mais, cette normalisation de la vie politique et
la détermination des institutions devant régir la IIIème République nont pas de
sens, si elles ne sinscrivent pas dans le cadre de la bataille pour le
développement intégral du Congo. Le retour à la normale signifie, donc,
lengagement décisif sur la voie de la modernisation et du progrès.
41 ans après la proclamation de son
indépendance, la RDC peut encore renaître. Mais la lutte contre le sous-développement
requiert le dévouement des hommes et des femmes aux mentalités nouvelles, soutenus par
un grand idéal et une foi inébranlable, qui acceptent de tourner le dos aux vieilles
pratiques qui nous ont fait reculer plusieurs décennies en arrière. Nous avons un retard
à rattraper. Les atouts sont toujours là. La bataille peut être gagnée, à condition
den accepter le prix. La victoire exige de nous abnégation, oubli de soi,
solidarité, beaucoup de générosité, un amour sans mesure pour le Congo et une
confiance totale en Dieu. Les grandes causes ignorent lesprit mercantile.
P. Vata Diambanza s.j.
(Documentation et Informations Africaines)
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