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NATION
« LEVONS-NOUS ET BATISSONS ! » (Ne 2,18)
POUR UN CONGO NOUVEAU
Déclaration du Comité
permanent des Evêques de la République Démocratique du Congo
adressée aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté
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Les Evêques de la RDC (Photo
CENCO) |
Préambule
1. Nous, Cardinal, Archevêques et
Evêques membres du Comité Permanent de la Conférence Episcopale
Nationale du Congo (CENCO), réunis en session statutaire à Kinshasa
du 27 février au 4 mars 2006, saisissons cette occasion pour vous
adresser ce message en ce moment où le Congo s’apprête à vivre un
tournant décisif de son histoire. Nous n’avons pas le droit de
rater ce rendez-vous qui marquera la refondation de notre cher pays.
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Les prochaines grandes élections
2. Après 45 ans d’atermoiements dont
près de 15 ans d’une transition inutilement longue, le peuple
congolais espère, avec les élections qui s’approchent, aboutir
enfin cette année 2006 à l’instauration d’un véritable Etat de
droit. Comme nous n’avons cessé de le dire, tant d’années après
l’accession de notre pays à la souveraineté internationale, nous
estimons que notre peuple ne mérite guère de continuer à porter ce
lourd fardeau d’incertitude du lendemain, d’insécurité grandissante
et de misère intolérable
[1] |
3. Les regards de tous les Congolais
sont maintenant tournés vers les élections. Toutes les forces
sociales et tous les états majors des partis politiques se
mobilisent pour ces échéances qui, espérons-nous, vont inaugurer une
ère nouvelle dans le pays. A cet effet, il faut bien négocier ce
virage, afin que les légitimes espoirs du peuple ne se transforment
pas en un cauchemar, comme ce fut le cas au lendemain de
l’indépendance de notre pays en 1960.
4. Le Pape Benoît XVI nous recommandait,
lors de notre récente visite ad limina à Rome, d’assurer nos fidèles de
sa proximité spirituelle au moment où tous les habitants de ce pays sont
invités à se mobiliser pour travailler à la paix et à la réconciliation,
au lendemain des années de guerre qui ont fait des millions de victimes[2].
Notre ministère de pasteurs, de veilleurs
et d’éveilleurs de conscience nous pousse à demeurer vigilants pour
accompagner le processus en cours et appeler tout notre peuple à se
mettre debout pour réussir ce rendez-vous décisif avec l’histoire.
5. L’impératif doit maintenant être clair
et absolument décisif : nous mettre debout en vue de construire notre
destinée. Comme Néhémie à l’égard de son peuple, nous vous interpellons
: « vous voyez la détresse où nous sommes : Jérusalem est en ruines, ses
portes sont incendiées. Venez ! Reconstruisons le rempart de Jérusalem
et nous ne serons plus insultés ! (…) Levons-nous ! s’écrièrent-ils et
bâtissons ! et ils affermirent leurs mains pour le bel ouvrage » (Ne
2,17-18). Il est impérieux d’affermir nos mains pour bâtir un Congo
nouveau. Dieu nous jugera.
6. Au regard de la situation réelle du
pays, nous relevons quelques signes d’espoir pour cette œuvre de
reconstruction. Néanmoins, des zones d’ombre persistent et nous
inquiètent en tant que pasteurs et citoyens.
Signes d’espoir
7. Malgré les insuffisances évidentes et
les difficultés rencontrées, les Congolais ont réussi la tenue du
référendum constitutionnel. Ainsi donc, nos concitoyens ont démontré
que, quelle que soit la situation, ils sont capables, s’ils le veulent,
d’œuvrer ensemble pour changer le destin du pays. L’organisation du
référendum constitutionnel peut être considérée comme une étape
importante pour doter le pays de structures nouvelles. La population
mérite d’être félicitée pour sa mobilisation. Des efforts ont été
fournis pour la sécurisation des personnes et de leurs biens. La
campagne référendaire et les débats politiques qui ont suivi ont révélé
que la culture démocratique est en train de se construire. Toutefois, la
conscience nationale ne peut ignorer les raisons qui ont poussé certains
compatriotes à voter « non ». Les futurs dirigeants devront en tenir
compte afin de rassembler les fils et les filles de notre pays.
8. Il est souhaitable que tous les partis
politiques soient intégrés effectivement dans le processus électoral
pour que personne ne puisse saborder les élections ni manquer ce grand
rendez-vous de notre histoire.
9. L’engagement des Organisations non
gouvernementales et des Confessions religieuses, acteurs non étatiques,
à préparer la population aux élections présidentielles, législatives et
municipales est sûrement un progrès dans la formation à une vraie
culture démocratique. L’appui de la Communauté internationale pour
l’avènement d’un nouvel ordre institutionnel en République Démocratique
du Congo doit être apprécié à sa juste valeur.
10. Nous estimons que la promulgation par
le Chef de l’Etat de la Constitution de la IIIe République et le vote de
la Loi électorale intervenu au Parlement, ouvrent la voie aux élections
qui donneront au peuple congolais un élan nouveau.
Situations préoccupantes
11. Malgré l’espoir qui germe à nouveau
dans les cœurs, le peuple congolais est confronté aux difficultés de
tous les jours et ressent un profond malaise et une impatience évidente.
Sur le plan sécuritaire
12. Ici et là, dans l’ensemble du pays et
en particulier au Nord Katanga, dans le Kivu et en Ituri, l’insécurité
continue à constituer une menace pour le processus de paix. Dans ces
régions, des populations font encore trop souvent les frais des méfaits
irresponsables et criminels des bandes armées qui y sévissent.
13. Nous déplorons le retard considérable
pris dans la formation d’une armée unifiée et républicaine. Par
ailleurs, une armée mal payée et mal équipée, au lieu de contribuer à la
paix et à la sécurité, abuse de sa force et devient une menace pour les
citoyens qu’elle est censée protéger. Ceci ne présage pas d’un bon
déroulement des élections. Il est impérieux que la question de la
sécurisation des citoyens et du processus électoral soit la
préoccupation prioritaire de nos dirigeants. Nous dénonçons en outre
l’utilisation des milices et même des éléments de l’armée pour des
intérêts partisans, dans le but d’entretenir des situations troubles.
Sur le plan politique
14. Nous regrettons l’insuffisance de la
sensibilisation du peuple au projet de la Constitution, le manque de
débat de fond sur certaines dispositions constitutionnelles qui engagent
l’avenir et le devenir de notre pays. L’absence quasiment totale des
partis politiques et de leurs témoins dans les bureaux de vote lors du
référendum constitutionnel n’est pas de nature à rassurer non plus pour
le reste du processus électoral. L’observation et la surveillance des
élections garantissent leur crédibilité et fondent les revendications
éventuelles en cas de fraudes.
15. Nous dénonçons l’exacerbation des
clivages ethniques avec la résurgence des partis politiques dits des «
originaires » et des « non originaires ». En plus, tout en respectant la
liberté de choix des citoyens, il est souhaitable de ne pas multiplier à
l’infini les partis politiques dans notre pays.
16. Nous stigmatisons la violence
verbale affichée dans les discours de leaders des partis. Elle est une
véritable menace à la paix sociale et au respect de l’autre, fût-il
adversaire politique.
17. Pour des raisons du retard pris dans
l’élaboration des lois essentielles, le calendrier électoral proposé par
la Commission électorale indépendante (CEI) commence par les élections
législatives et présidentielles pour se terminer plus tard par les
élections locales. L’idéal pour asseoir une démocratie naissante aurait
été de commencer par les élections locales pour finir par la
présidentielle. Nous osons espérer que la CEI veillera à ce que toutes
ces élections soient dûment organisées pour éviter à notre pays des
dérives préjudiciables.
Sur le plan social
18. Après ces 10 années de guerre, la
population a atteint un seuil de pauvreté et de misère déshumanisante et
insupportable. A cela s’ajoutent les pillages des ressources naturelles,
la destruction des infrastructures publiques, les viols, les
traumatismes de tout genre, la pandémie du Sida qui, tel un déluge,
ravage de vies humaines laissant de nombreux orphelins. Il n’est pas
exagéré de dire que le Congo connaît l’une des plus graves crises
humanitaires depuis la dernière guerre mondiale.
19. Notre classe politique porte la plupart
des grandes responsabilités dans la mauvaise gestion sociale du pays. De
la dictature, on est passé à des guerres à répétition, caractérisées par
des flagrances énormes dans le cadre du manque de respect de la personne
humaine et de sa dignité. Tous ces régimes ont largement contribué à la
paupérisation du pays et de son peuple.
20. On ne peut accepter une démocratie à
deux vitesses, où il y a d’un côté ceux qui vivent dans l’opulence et de
l’autre ceux qui, démunis, doivent se contenter des promesses vaines.
21. Dans le domaine de l’enseignement,
nous réaffirmons notre décision de supprimer la prise en charge des
enseignants par les parents. En même temps, nous demandons à l’Etat,
avec lequel les contacts et les dialogues ont été poursuivis depuis des
années jusqu’à ce jour, de pouvoir profiter de ce moment pour procéder
effectivement à la Rétrocession à l’Eglise catholique de
l’Université de Kinshasa, ex-Université Lovanium qui fut étatisée en
1971. Les négociations sur la nouvelle Convention devant régir le
fonctionnement de l’Université catholique, ont déjà heureusement abouti
à la mise au point d’un protocole d’accord qui n’attend que d’être
finalisé. Comme c’était le cas avant l’acte irrégulier d’étatisation de
1971, la nouvelle Université catholique fonctionnera et contribuera
puissamment à la formation des cadres techniques supérieurs et
universitaires, conformément à la Loi-cadre nationale de l’Enseignement
supérieur et universitaire congolais. Il est souhaitable que l’Etat
congolais assume pleinement ses responsabilités devant l’histoire.
Défis
22. Ces zones d’ombre nous placent devant
des défis majeurs à relever pour l’avènement d’un Congo nouveau :
préparer le peuple à élire des dirigeants valables ; promouvoir la
non-violence, la réconciliation et le pardon entre les fils et filles du
pays ; lutter contre les anti-valeurs (corruption, impunité, mauvaise
gestion, etc.) ; revendiquer la justice et la réparation au niveau
national et international en faveur de la RDC ; éduquer le peuple à la
responsabilité citoyenne, au respect du bien commun et à la culture
démocratique ; assurer une meilleure scolarisation de toute la jeunesse
et garantir à tous l’accès aux soins de santé.
Des dirigeants nouveaux pour un
Congo nouveau
23. La IIIe République ne réussira
véritablement que si le peuple arrive à élire des hommes nouveaux
[3],
avec un sens élevé de l’amour de ce pays, soucieux du bien commun,
rompus à la bonne gouvernance, ayant une probité morale et une bonne
capacité intellectuelle doublée d’une expérience bien éprouvée ;
bref, des hommes capables d’affronter les grands défis du monde moderne
marqué par la mondialisation et la complexité des problèmes. Notre cher
pays est riche, non seulement en potentialités naturelles, mais aussi et
surtout en ressources humaines. Le peuple a besoin des hommes qui
veulent le développement intégral de ce pays, des artisans de paix, de
justice et d’unité nationale. Le Congo sera sauvé à ce prix. Avec une
nouvelle mentalité et une grande volonté politique, notre pays peut
entrer rapidement dans le concert des grandes nations du monde.
Aussi encourageons-nous les partis
politiques consistants, soucieux du bien commun et de la
collaboration avec d’autres partenaires qui poursuivent les mêmes
valeurs de société. Nous saluons aussi la présence des candidats
indépendants capables de présenter au peuple des projets de société
crédibles et susceptibles de le mobiliser
Quelques tâches urgentes
24. Parmi les tâches premières à accomplir
dès le début de la première législature de la IIIe République, les
suivantes sont prioritaires :
1° celle de la mise en place rapide et
effective des nouvelles structures institutionnelles liées au principe
déclaré de la « décentralisation économico-administrative » inscrite
dans le texte de la nouvelle Constitution ;
2° celle de procéder, au niveau du
Parlement national, à l’examen des propositions d’amendements ou de
compléments jugés très importants, et même vitaux, pour garantir le
bon avenir du pays, sur le plan politique et économique. De telles
modifications précises ou compléments à ajouter peuvent intervenir
conformément au prescrit de la Constitution (Art. 218-220)
Recommandations
25. Aux Gouvernants
- Pour l’avènement d’un Congo nouveau et
pour l’intérêt supérieur de la nation, nous demandons aux Gouvernants de
tout mettre en œuvre pour consolider les acquis positifs de cette
période de transition.
- Que le Gouvernement s’investisse pour
accélérer le processus d’intégration de l’armée et de la police
nationale ainsi que la mise en œuvre du dispositif de sécurisation des
opérations électorales et donne à la CEI les moyens de son action.
26. Aux acteurs politiques
- Les vrais partis politiques ont
l’obligation de proposer au peuple des projets de société réalistes
et de ne pas se contenter de petites promesses fallacieuses sans
lendemain. Le peuple pour sa part est appelé à la vigilance.
- Les partis politiques, tout en mobilisant
massivement leurs membres selon les prescrits de la loi, doivent
s’abstenir de toute forme de violence (verbale ou physique) envers
les adversaires politiques pour ne pas compromettre le processus
électoral en cours.
- Nous demandons aux partis politiques de
respecter le code de bonne conduite, de s’occuper de l’éducation
civique de leurs membres et de leur donner une véritable formation à la
culture démocratique.
- Les partis politiques sont tenus
également de promouvoir la paix, l’amour du bien commun et la vérité,
car une vraie paix se construit sur ces quatre piliers : « la vérité, la
justice, l’amour et la liberté »
[4]. Notre classe politique
doit s’engager à les consolider pour sortir le pays de la crise.[5]
- Les futurs candidats aux différentes
échéances électorales s’abstiendront d’attiser la haine et la division
au sein de la population pour leurs intérêts égoïstes. Nous rappelons
qu’il est moralement condamnable de se livrer à la diffamation et à la
médisance, car l’une et l’autre sont une violation de la loi de Dieu.
- Nous rappelons à nos dirigeants de
s’abstenir de déstabiliser les institutions de la république à cause des
affaires politiciennes internes aux partis. Qu’ils mettent le cap sur
les prochaines élections qui devront se dérouler dans un climat apaisé.
- Enfin, nous rappelons aussi aux
acteurs politiques qu’ils doivent apprendre qu’en politique il y a un
perdant et un gagnant. Que l’échec ne soit pas la cause de la reprise
des armes et de l’incitation à la violence
27. A la Commission électorale
indépendante (CEI)
- La lourde charge d’organiser les
élections incombe à la CEI. On attend d’elle qu’elle fonctionne en toute
indépendance et dans le dialogue avec les partis politiques, les
institutions de la Société civile et la Communauté internationale.
- Nous demandons à la CEI de tout mettre en
œuvre pour réaliser dans les délais constitutionnels le calendrier
électoral établi, afin de ne pas exacerber la longue attente de la
population. Que ce calendrier donne à tout le monde, candidats des
partis ou candidats indépendants, le temps de battre campagne en toute
sécurité.
- Il est important que la CEI vulgarise
comme il se doit la loi électorale et mette sans délai à la disposition
de l’opinion les conditions pour être candidat aux différentes
échéances.
- La CEI devrait faire preuve de plus de
maîtrise dans l’organisation des élections, en assurant la formation
requise au personnel affecté aux différentes opérations.
28. Aux professionnels des médias
Nous saluons leur professionnalisme au prix
parfois du sacrifice de leur vie pour l’avènement de la démocratie dans
notre pays. Mais, en reconnaissant leur rôle dans l’éducation du peuple
à la démocratie, nous leur rappelons le souci de vérité et l’exigence de
ne publier que les nouvelles dont ils ont la certitude. La Haute
Autorité des Médias veillera particulièrement pendant cette période
cruciale de l’histoire de notre pays à faire respecter la déontologie
professionnelle des journalistes.
29. Aux Forces de l’ordre
Nous leur demandons avec fermeté de remplir
leur tâche, de veiller réellement à protéger les biens et les personnes,
et de défendre l’intégrité du territoire. Qu’on ne puisse pas leur
reprocher à elles aussi de poser des actes qui engendrent l’insécurité
30. A la Communauté internationale
- Tout en saluant les très importants
efforts financiers et matériels consentis et déployés par la Communauté
internationale pour le soutien à la RDC, nous exprimons le souhait de la
voir s‘abstenir d’imposer une issue aux élections mais de soutenir le
peuple dans son choix libre de nouveaux dirigeants.
- Il est attendu de la MONUC qu’elle
continue à appuyer à la fois la CEI et les FARDC pour la réussite du
processus électoral et des opérations militaires.
- Nous ne pouvons pas ne pas signaler que
la vente des armes légères se poursuit et que cela n’est nullement en
faveur de l’arrêt des violences dans la sous-région.
- Nous rappelons une fois de plus à
l’opinion internationale que l’intégrité territoriale et la
souveraineté nationale ne sont pas négociables.
- Enfin, nous attirons l’attention de la
Communauté internationale contre le danger d’une part, de se contenter
d’organiser les élections quelles qu’elles soient, pourvu qu’il y
ait un semblant de légitimité et d’autre part, d’avaliser des fraudes
dans le déroulement des élections.
31. A la population
- A vous, plus que quiconque, nous vos
pasteurs, nous vous assurons que nous comprenons vos épreuves et nous
communions aux souffrances que vous endurez. Comme nous vous l’avons
déjà dit, nous connaissons le prix que vous avez payé, pendant cette
transition et que vous continuez encore à payer pour poursuivre cette
longue marche vers la liberté et l’instauration d’un Etat de droit. Nous
pensons cependant que, si beaucoup de politiciens se permettent d’abuser
de votre bonne foi jusqu’à vous entraîner dans des conflits fratricides,
c’est aussi avec votre propre collaboration et votre assentiment.
Evitez donc de vous laisser induire en erreur et plus particulièrement,
de soutenir des politiciens pour la seule raison qu’ils appartiennent à
votre région ou à votre communauté ethnique. Tout frère n’est pas
forcément un bon dirigeant. Nous vous exhortons à vous instruire les uns
les autres en toute sagesse (Cf. Col 3,16) et à vous former le mieux
possible pour vous opposer à tout retour à la dictature et progresser
ainsi dans la culture démocratique
[6].
- Nous vous prions de respecter
scrupuleusement le patrimoine national et de ne jamais le détruire, quel
que soit le motif
32. Aux agents pastoraux
- A vous, chers collaborateurs, prêtres,
religieux, religieuses, nous vous exhortons à vous abstenir de toute
adhésion aux partis politiques et à être libres à l’égard de tous. Quant
à vous laïcs engagés, soyez les premiers à promouvoir la culture de la
paix, de la réconciliation et du pardon mutuel. Sachez discerner les
forces nocives qui sèment la division et entravent l’avènement de ce
Congo nouveau, don de Dieu et travail à la sueur de nos fronts.
Actions concrètes à mener
33. Pour réussir cette œuvre de
construction du Congo nouveau, nous n’oublions pas que « si le Seigneur
ne bâtit la maison, vaine est la tâche des bâtisseurs. Si le Seigneur ne
garde la ville, c’est en vain que la garde veille » (Ps 127,1). Aussi
invitons-nous tous les chrétiens catholiques à saisir ce temps propice
de Carême pour intensifier les prières, en vue de la réussite de
la transition et de l’avènement de l’Etat de droit, tout en
participant massivement et librement à l’éducation civique et électorale
et aux différents scrutins.
34. Concrètement nous vous demandons
d’organiser dans toutes les paroisses et communautés religieuses et
sacerdotales, la pratique du chemin de la croix tous les vendredis de
Carême pour l’issue heureuse des élections dans notre pays. Le Vendredi
Saint, des processions de chemin de croix seront organisées pour
demander au Christ qui a porté sur Lui nos souffrances, de nous faire
passer des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie. On posera des
gestes de réconciliation et des actes concrets de charité en signe de
prélude à cette aube nouvelle d’un Congo réconcilié et pacifié.
35. Les responsables des communautés, en
communion avec l’évêque, prépareront soigneusement des cérémonies
extraliturgiques confiées à l’intercession de la Bienheureuse Anuarite,
dont nous venons de célébrer le martyre (1964) et la béatification par
le Pape Jean-Paul II (1985). Elle est pour nous un modèle pour humaniser
notre société.
Exhortation finale
36. La fin de la longue transition
politique de notre pays et l’avènement d’un Congo nouveau ne dépendent
pas seulement des politiciens, mais de tous les fils et toutes les
filles de ce pays. Levons-nous et bâtissons notre pays ! Cette réussite
du Congo nouveau a un prix. C’est la restauration du civisme ;
l’apprentissage de la culture démocratique faite de tolérance, de
pluralisme, d’alternance ; la construction d’un sentiment national fort
mais bien au fait des enjeux économiques et politiques actuels de la
globalisation ; l’ouverture de l’esprit et du coeur à l’amour de Dieu et
du prochain. Car seul l’amour peut transformer l’homme et le mettre
debout pour de belles et nobles causes.
37. Qu’à l’exemple de Marie Clémentine
Anuarite Nengapeta, fille de notre peuple, qui par amour a versé son
sang pour la victoire de la fidélité à Dieu, de nombreux fils et filles
de ce pays se mobilisent pour le combat des vraies valeurs au service
d’un Congo nouveau.
38. Sur ce chemin, Marie, Notre-Dame du
Congo, nous montre ce qu’est l’amour et d’où elle tire son origine, sa
force toujours renouvelée
[7]. C’est à elle que nous
confions le grand rêve d’un Congo plus beau qu’avant !
Que Dieu bénisse et protège le Congo
nouveau !
Fait à Kinshasa, le 03 mars 2006
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[1] CENCO, « Pourquoi
avoir peur ? » (Mc 4, 40). L’avenir du Congo dépend de son peuple.
Message des Evêques aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne
volonté à l’occasion du 45e anniversaire de l’indépendance de la
République Démocratique du Congo, Kinshasa, Editions du Secrétariat
Général de la CENCO, 2005, n.1.
[2] Cf. Benoît XVI, «
Persévérer dans l’édification de la paix ». Discours aux évêques de
la République Démocratique du Congo en visite ad limina, dans L’Osservatore
romano n. 5 (2917) du 31 janvier 2006, p. 5.
[3] Voir CEZ, Des
dirigeants nouveaux pour le salut du peuple. Message des évêques du
Zaïre aux catholiques et aux hommes de bonne volonté, Kinshasa,
Editions du Secrétariat Général de la CEZ, 1995.
[4] JEAN XXIII cité
par JEAN-PAUL II, Message pour la célébration de la journée mondiale
de la paix, Rome, Libreria editrice vaticana, 2003, n.3.
[5] CENCO, « J’ai vu
la misère de mon peuple « (Ex 3,7). Trop, c’est trop ! Kinshasa,
Editions du Secrétariat Général de la CENCO, 2003, n .14.
[6] Cf. CEZ, Des
dirigeants nouveaux pour le salut du peuple, n. 25.
[7] Benoît XVI, Deus
Caritas est. Lettre encyclique aux évêques et aux diacres, aux
personnes consacrées et à tous les fidèles, sur l’amour chrétien,
Cité du Vatican, Liberia editrice vaticana, 2006, n. 42.
Source: CENCO, Conférence
Episcopale Nationale du Congo
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