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Transformer la mosaïque ethnique qu’est la République démocratique du Congo en une nation s’est avéré être une tâche des plus ardues, la fidélité au clan et le sens de la tribu étant plus forts que la conscience nationale. A l’image de ce qui s’est passé dans la majorité des autres pays africains, c’est immédiatement après l’indépendance surtout que les antagonismes ethniques et régionaux ont donné lieu à une âpre lutte pour le pouvoir.

En fait, ce qui unit tous les Congolais, ce n’est pas le passé colonial ou la dictature de Mobutu, mais la musique. Kinshasa est considérée à juste titre comme la capitale de la musique africaine. Pour bien des Congolais, la musique, la danse et le chant font partie intégrante de la vie quotidienne. Les ténors politiques n’hésitent d’ailleurs pas à se servir de vedettes du monde musical pour faire passer leur message.

Ce sont les Pygmées qui, de tous les groupes ethniques, ont conservé le mode de vie le plus traditionnel. On estime entre 20 à 50 000 le nombre de ces négrilles qui vivent retirés dans les profondeurs de la jungle. La chasse, la pêche et la cueillette sont toujours leurs principaux moyens de subsistance. Chez d’autres groupes, il existe parfois encore des vestiges de la structure hiérarchique en vigueur dans les prestigieux royaumes du passé. L’unité des clans est fondée sur une origine commune, réelle ou supposée.

Au niveau du lignage, l’ancêtre est encore parfaitement identifiable, mais, au niveau du clan, il s’agit généralement d’une figure mythique. Les membres du lignage vivent d’ordinaire ensemble dans un même village. A l’époque coloniale, beaucoup de ces villages ont été regroupés. Si, en milieu rural, les coutumes ancestrales, notamment religieuses, sont encore vivantes, elles n’ont plus guère cours dans les villes, où l’introduction par les colons du christianisme, de l’enseignement à l’occidentale et des principes de l’économie moderne ont miné maintes structures traditionnelles. On y a vu apparaître une classe ouvrière noire et, bien que le clan ait continué à jouer un rôle, l’individualisme a rapidement gagné du terrain. Avant l’indépendance, il était très difficile, même parfois pour la petite élite africaine, de parvenir aux situations les plus lucratives au sein de la classe moyenne, alors réservées aux Blancs. Après 1960, les choses ont cependant changé et, dans les villes, a émergé une nouvelle classe moyenne relativement aisée et politiquement influente. Entre elle et la grande masse des ouvriers urbains, des chômeurs et des modestes agriculteurs, un fossé s’est ensuite creusé à vue d’œil. Néanmoins, les postes administratifs laissés vacants par les colons ont continué d’exercer un puissant attrait, surtout sur les jeunes qui ont émigré en masse vers les villes.

L’Occident a pris une part très active dans l’histoire de la République démocratique du Congo, notamment en maintenant au pouvoir le clan Mobutu jusqu'au 17 mai 1997. Celui-ci constituait le noyau de l’élite politique, militaire et économique. Ses méthodes favorites était la corruption et l’arbitraire. Au sein des sphères les plus hautes, on trouvait principalement des Ngbandis, c’est-à-dire des membres de l’ethnie à laquelle appartenait Mobutu , et des gens originaires du Haut-Congo, la région dont l'ex-président était issu. Dans l’échelle sociale, l’élite est suivie par une petite classe moyenne composée de chefs d’entreprise, de commerçants et de fonctionnaires. Puis vient la grande masse des laissés-pour-compte de la République démocratique du Congo.