Introduction.
Dans quelques jours vont se tenir à Addis-Abeba en Ethiopie, les
assises du Dialogue Intercongolais. Tout congolais qui qu'il soit, où qu'il soit ne peut
s'empêcher d'apporter sa contribution en vue de la réussite de ces travaux. C'est
pourquoi, à travers les lignes qui suivent, quelques congolais de Genève se proposent de
soumettre les conclusions de leurs réflexions aux participants pour d'une part attirer
leur attention sur la nécessité d'éviter de retomber dans les erreurs du passé, et
d'autre part rappeler que seul l'intérêt supérieur de la nation doit primer sur toute
autre considération.
1. Aperçu historique des principales conférences sur le
Congo-Zaïre ( Objectifs, résultats et conséquences)
A chaque crise politique majeure, les Congolais ne manquent pas
d'initiatives pour se retrouver en vue de résoudre les problèmes qui se posent. Cette
fois-ci, la ville d'Addis-Abeba en Ethiopie abritera les pourparlers politiques dont les
objectifs principaux sont la pacification du pays et la mise en place d'un ordre
institutionnel et politique nouveau.
Toutefois, il sied de rappeler que cette rencontre s'inscrit dans
la suite d'une série d'autres dont : Léopoldville (janv.-fév. 1961), Tananarive(Mars
1961),.Coquilathville (Avril-mai 1961), Lovanuim ( Juillet - août 1961), Luluabourg(
1964), et la Conférence Nationale Souveraine (1991-1992)
Si en règle générale, chacune de ces rencontres poursuivait les
mêmes objectifs que ceux évoqués ci-dessus, force est de constater qu'elles se sont
déroulées toujours sous l'emprise des puissances étrangères. L'ingérence étrangère
a souvent conduit à un antagonisme d'intérêts qui engendra chaque fois une nouvelle
crise. Ceci pourrait s'expliquer par le fait que chaque composante congolaise à la
concertation obéissait aux ordres des parrains étrangers dont les desiderata ne
correspondent pas toujours à ceux des congolais. De 1960 à 1965, une constante a
caractérisé le comportement des acteurs politiques à savoir, la division en plusieurs
tendances dont les principales sont : les partisans de Moïse Tshombé défendant les vues
de la Belgique ( UMHK) ; les lumumbistes soutenus par les pays de l'Est et le bloc des
pays non alignés ; le gouvernement central appuyé par la majorité des pays occidentaux.
Ces injonctions extérieures ont alimenté des contradictions
internes et perduré les conflits. D'où un chaos indescriptible qui régna jusqu'à la
conférence de Luluabourg. Le non respect par monsieur Joseph Kasa-Vubu des règles du jeu
mises sur pied amena à un conflit à la tête de l'exécutif, ce qui a conduit au coup
d'Etat de 1965 de monsieur Joseph-Désiré Mobutu dont les 32 ans de gestion autocratique
a replongé le pays dans le gouffre.
Le vent de la Perestroïka et les aspirations du peuple congolais
à la démocratie ont nécessité un nouveau rassemblement de ceux-ci à travers la CNS en
vue d'une relecture de l'histoire du pays et la mise en place des bases d'une nouvelle
société.
Des nouvelles institutions transitoires ont été mises en place
et n'ont fonctionné que dans un laps de temps suite à un nouveau conflit de pouvoir au
sein de l'exécutif .Encore une fois le non respect des règles établies amena un blocage
qui a servi de prétexte à un groupe de congolais, avec l'aide des armées étrangères,
d'envahir le pays et d'installer l'ordre chaotique actuel.
2. Les enjeux du Dialogue intercongolais: Continuité du processus
de démocratisation.
De ce qui précède, deux niveaux permettent de cerner les enjeux
de la rencontre d'Addis-Abeba :
- Au plan interne : oeuvrer pour l'effectivité de l'intégrité
territoriale, normaliser la vie politique, garantir les libertés fondamentales. En outre,
le principe de la séparation des pouvoirs devra être privilégié.
- Au plan externe: promouvoir l'entente et la paix avec les pays
voisins à travers une diplomatie active à la dimension du grand Congo, rechercher les
voies et moyens tendant à pacifier l'Afrique centrale.
3. Avis et considérations sur le DIC
Les participants aux Dialogue intercongolais devront mettre
l'accent sur l'importance cadre juridique devant organiser la transition pour lever toutes
les ambiguïtés et les pièges de blocage: succession, vacance de pouvoir, destitution,
etc
En ce qui concerne la durée de la transition, un maximum de 24
mois nous paraît indiqué. Quant à ses institutions, nous suggérons :
- Pour la présidence de la République: Fonction d'impulsion, de
rassemblement, de médiation et de représentation. Pour assumer cette fonction, le
candidat devra être de nationalité congolaise, être né de père et de mère congolais,
avoir 40 ans révolus.
- Pour le Gouvernement : coordination des activités de l'Etat,
mission de réhabiliter un Etat de droit, assurer la neutralité des forces armées.
- Pour le parlement de transition (commission consultative faisant
office de parlement) dont le nombre de sièges à pourvoir devra être fonction des
groupements ou collectivités répertoriés .
- Séparation net des pouvoirs des institutions de la transition.
Des modalités de désignation: tout congolais remplissant les
conditions est libre de soumettre sa candidature à la fonction de son souhait auprès des
instances ad hoc.
Le parlement et le gouvernement de transition seront conviés à
tout mettre en oeuvre pour assurer l'organisation du référendum portant sur le projet de
constitution de la troisième république ainsi que les élections à différents niveaux.
4. L' après Dialogue intercongolais: Perspectives et
recommandations
Il s'agit ici des résolutions du Dialogue intercongolais et de
leurs implications sur la conduite des affaires nationales. De la sorte, nous recommandons
ce qui suit :
- Toute matière non-traitée au Dialogue intercongolais revient
de droit aux Institutions de Transition. En cas d'incompétence de ces dernières, les
organes issus des élections libres et démocratique se saisiront de la question.
- Promouvoir une politique de bon voisinage en vue de garantir la
sécurité aux frontières.
- Oeuvrer pour la tenue de la conférence internationale sur la
paix et le développement de la région des grands Lacs
- Decréter une amnistie en vue d'une réconciliation sincère,
excepté les cas de crimes contre l'humanité.
- Préserver les acquis du Dialogue intercongolais, en ce sens
qu'aucun individu ne peut modifier de son gré les décisions acceptées par tous et
veuillez à en assurer un meilleur suivi.
- Restituer aux congolais leurs libertés en tant que souverain
primaire pour la légitimation du pouvoir
- Prolongation du mandat de la Monuc jusqu'à la fin du processus
de transition pour mieux garantir le respect des résolutions du Dialogue intercongolais.
- Exiger le départ immédiat et inconditionnel de toutes les
troupes étrangères présentent au Congo.
Conclusions
Soucieux de contribuer au débat sur l'avenir de la patrie, nous
saisissons l'occasion de la tenue du Dialogue intercongolais, moment crucial pour sortir
le pays de la guerre inutile et non voulue, afin de lancer un appel patriotique aux
congolais.
Chers compatriotes, unis nous sommes forts, divisés nous serons
faibles. C'est l'avenir de la nation qui est en jeu. Nous sommes convaincus qu'il est fort
possible à des partis politiques de l'opposition non armée, aux composantes rebelles, à
la société civile, forces vives de la nation, au pouvoir de Kinshasa de s'entendre sur
un programme de transition et des échéances d'avenir.
Nous congolais(es) devront prendre en main le destin de notre
pays. Nous avons l'obligation de prendre conscience de la complexité de nos
responsabilités et de nous rendre aptes à les assumer.
Le Congo est notre patrie. C'est notre devoir d'oeuvrer pour la
prospérité de notre belle et chère patrie. A ce dialogue, tous les congolais(es)
devront s'unir pour définir les orientations et le chemin pour un avenir radieux.
Fait à Genève, le 29 septembre 2001
Pour l'Equipe de la Rédaction *
Teddy MBUINZAMA, Coordinateur
Equipe de Rédaction
- Richard MUKUNDJI
- Hilaire KABEYA
- Robert MWAN
- Rémy LUVUMBU
Contact : CEDAC (Club Espérance pour le Développement et
l'Avenir du Congo)
Case postale 410 à 1211Genève 19
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