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Négociations de Paix  -  Sun City (Afrique du Sud)

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Souhaitant la prestation de serment des gouvernants sur la Bible ou le CoraN:

Les chefs des confessions religieuses pour une transition pacifique et consensuelle

(ndlr : déclaration de politique générale)

 

Chers frères et sœurs,

Chers compatriotes,

Nous, Chefs spirituels des Communautés chrétiennes et musulmane en République Démocratique du Congo, tenons à adresser ce message à tous les Congolaises et Congolais, et particulièrement à ceux qui sont délégués au Dialogue Inter-congolais, pour attirer l’attention sur la nécessité de ces assises et pour en appeler au sens de responsabilité de tous et de chacun. C’est le rendez-vous de la dernière chance. Que personne ne prenne le risque de le faire échouer. Il en répondrait devant Dieu, devant l’Histoire et devant la Nation congolaise.

 

1. Les rendez-vous manqués

Voici 42 ans, la République Démocratique du Congo, notre pays, a accédé à son indépendance politique, le 30 juin 1960. Ce fut un jour de grande joie, d’espérance légitime et bien fondée pour le développement harmonieux et prospère de notre jeune nation.

Malheureusement, les années qui suivirent, avec quelques moments de lueurs d’espoir, ont constitué d’année en année une longue période de déceptions, de récession économique, de grande misère, de luttes vainement fratricides, de mésententes, de guerres fomentées de l’intérieur ou encore suscitées et entretenues de l’extérieur. Notre peuple n’a pas pour autant baissé la garde. Il a connu des grands rendez-vous avec l’Histoire au cours desquels, comme un seul homme, il a analysé les causes de ses crises et tenté d’y apporter des solutions appropriées. Mentionnons comme étapes fondatrices de la République : le Conclave de Lovanium du 22 juillet au 2 août 1961, la Commission constitutionnelle de Luluabourg du 10 janvier au 11 avril 1964, le Référendum du 4 au 24 juin 1967 (Manifeste de la N’sele) et la Conférence Nationale Souveraine du 7 août 1991 au 6 décembre 1992.

 

2. Les incohérences de nos Institutions

Les décisions salutaires de ces moments historiques qui représentaient un véritable consensus national n’ont pas produit les fruits escomptés. Ainsi, à la faveur de la guerre froide de l’époque et des déséquilibres géopolitiques, des solutions autocratiques ont été imposées de l’extérieur et ont balayé ce consensus. Ce fut le cas le 14 septembre 1960, le 24 novembre 1965, et le 17 mai 1997. Par ailleurs, parce que peu soucieuses de l’intérèt supérieur de la Nation, les Institutions du Congo elles-mêmes n’ont pas donné suite aux décisions prises ensemble.

Une grande opportunité s’est présentée de 1990 à 1992, années où la paix et la réconciliation apparurent à l’horizon comme fruit de la concertation des fils et filles de ce pays durant la Conférence Nationale Souveraine. Mais le peuple congolais manqua cette opportunité. La paix et la réconciliation furent battues en brèche par suite de l’abandon des deux principes adoptés à la CNS, en vertu desquels le pouvoir ne serait jamais conquis par la force et que toute crise intérieure entre les institutions et les forces vives de la nation serait résolue par la voie pacifique.

 

3. Des conséquences néfastes

Cet état des choses conduisit à des violations de la Constitution par ceux-là même qui en étaient les garants, à des conflits ethniques, aux exclusions, voire à deux guerres successives dites de libération, avec des effets très néfastes, notamment, la mort d’innombrables victimes innocentes, la destruction des infrastructures socio-économiques, des voies de communication, l’abandon des principes élémentaires de l’Etat de droit, des violations multiples des droits de la personne humaine, l’enrôlement des enfants soldats, la destruction des infrastructures des Eglises et communautés religieuses etc. Le comble de tout cela, c’est la balk anisation du pays et le pillage systématique de nos ressources naturelles.

La balkanisation du pays et l’absence de consensus national sur le projet de société et les règles du jeu politique empêchent le peuple congolais de parler d’une seule voix dans toute recherche de solution à la crise et aux problèmes de toute nature qui se posent à notre pays. C’est dire que si un consensus n’est pas rapidement dégagé, la trêve sera fragile et les hostilités risquent de reprendre avec intensité. Voilà pourquoi le Dialogue Intercongolais en vue de recréer le consensus rompu est une voie obligée et incontournable.

4. L’Heure de vérité a sonné

Le saint Coran au chapitre 8, verset 46, vous exhorte: .

L’heure du Dialogue intercongolais a sonné! Ce Dialogue est celui de tout le peuple congolais. Mobilisons-nous pour écrire ensemble et sans exclusion une nouvelle page de notre histoire basée sur l’amour, le dialogue, le pardon et la recherche commune du bien supérieur de la Nation. Nous sommes tous concernés et chacun doit apporter sa pierre pour la construction d’un Congo nouveau.

 

5. Aux hommes politiques congolais

Vous, nos frères et sœurs politiciens, vous avez entraîné le pays dans des guerres fratricides, dans un chaos socio-économique et moral qui fait du Congo et de ses citoyens la risée de tout le monde.

Pendant que vous vous réjouissiez de vos conquêtes militaires et de vos alliances économiques, votre peuple mourait sous des balles et des bombes aveugles; votre peuple mourait de faim, de maladie, de chaleur et de froid; votre peuple mourait de honte. Sa dignité est aujourd’hui bradée et foulée aux pieds. L’heure a sonné! Arrêtons ce gaspillage humain et matériel ! Arrêtons ce gâchis! Le peuple vous regarde, sa patience a des limites.

Vous êtes obligés de vous entendre pour que la Paix revienne dans notre pays. Mettez de côté vos intérêts personnels et égoïstes. Le peuple est exaspéré et il compte sur vous. Ne décevez pas ses attentes. Recherchez dans un dialogue vrai et sincère le bien supérieur de la Nation pour que chaque fils et fille de ce pays retrouve enfin la dignité d’être Congolais, et participe avec fierté au développement de son pays,

Cherchez dans le consensus et la compréhension mutuelle l’organisation d’une transition réellement pacifique qui puisse être la préfiguration de la 3ème République. Soyez raisonnables et entendez-vous. Faites-vous des concessions mutuelles. Dépassez vos divergences. Comme dit la bible, (Rm 12,17).

Si vous aimez vraiment ce pays et sa population, faites tout pour réussir le Dialogue intercongolais. La guerre et les exclusions mutuelles n’arrangent rien. Nous ne pouvons reconstruire ce pays que dans l’unité de cœurs, d’esprit et d’action.

Si vous aimez vraiment notre peuple, organisez-vous pour ouvrir une transition non-conflictuelle qui nous introduira réellement à la 3ème République par des élections libres, transparentes et démocratiques. Comme vous le savez bien, tout le monde ne peut pas être Président de la République, ni Premier ministre, ni Président du Parlement... Soyez dignes de notre peuple. Le peuple a trop souffert de vos querelles. Les clefs de la paix et de la prospérité du pays sont entre vos mains. Le peuple compte sur vous.

 

6. Au peuple Congolais

Au chapitre 39 verset 62 du Saint Coran il est dit: . Et la Bible nous dit : si le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain que peinent les bâtisseurs; si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que les gardiens veillent (Ps 127,1). Peuple congolais, Peuple de croyants, ne dormez pas, mais veillez dans la prière.

Nous vous exhortons à prier le Seigneur notre Dieu, afin qu’il donne à chacun de nous, particulièrement à tous les délégués au Dialogue intercongolais, un cœur de chair. Qu’ils soient capables de s’émouvoir devant la souffrance de leurs frères et soeurs! Qu’ils recherchent réellement la Paix et l’unité dans l’Amour et le Pardon!

Nous demandons à toutes les Congolaises et à tous les Congolais, sans distinction de confession religieuse, de s’unir spirituellement et d’accompagner le Dialogue intercongolais par des prières et des jeûnes.

 

7. Remerciement

Nous remercions tous les Pays et les Organismes internationaux qui se préoccupent de la paix en RDC depuis la signature de l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka jusqu"à ce jour. Nous exprimons une reconnaissance particulière aux autorités sud-africaines pour avoir accepté d’accueillir dans leur pays les assises du Dialogue intercongolais. Le peuple congolais est conscient que ce dialogue est avant tout le sien et que tout doit être mis en œuvre pour le réussir. Mais il compte aussi sur le soutien de la communauté internationale pour qu’elle puisse l’accompagner jusqu’à l’avènement de la 3ème République.

 

8. conclusion

Nous terminons ce message par un souhait: que désormais le Chef de l’Etat et les ministres, quand ils entrent en fonction, qu’ils prêtent serment sur la Bible, pour les chrétiens; et sur le Coran, pour les musulmans. Ils s’engageront ainsi devant Dieu à assumer leurs responsabilités et à gérer les biens publics selon la volonté de Dieu, Juge et Maître de tout. Ensemble, Congolaises et Congolais, réconcilions-nous. Dressons nos fronts longtemps courbés et, pour de bon, prenons le plus bel élan pour reconstruire notre pays, dans l’Amour, la Dignité, le Dialogue, l’Unité et la Paix.

Que le Seigneur Tout Puissant bénisse le Dialogue intercongolais et protège la République Démocratique du Congo.

Je vous remercie.

 

Fait à Sun City, le 6 mars 2002.

 

Les Chefs de Confessions Religieuses

Cardinal Frédéric ETSOU NZABI BAMUNGWABI

Archevêque de Kinshasa et Président de la Conférence Episcopale Nationale du Congo

Mgr Pierre MARINI BODHO

Président de l’Eglise du Christ au Congo

El Hadji MUDILO WA MALEMBA S, Représentant légal et Président du Conseil National de l’Islam en RDC

Rév. LUNTADILA NDALA ZAFWA Représentant légal Premier Suppléant Président du Collège National de l’Eglise Kimbanguiste en RDC

Pour l’Archevêque, Pr Théodore FUMUNZANZA GIMUANGA Secrétaire de l’Archevèché de l’Eglise Orthodoxe au Congo

Mgr Simon NZINGA MALUKA, Evèque Président et Représentant légal des Eglises Indépendantes du Congo

Bishop KANKIENZA MUANA,

Président national des Eglises de Réveil

 

 

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