Négociations
de Paix - Sun
City (Afrique du Sud)
Les dernières nouvelles
Au delà des postes censés
"à pourvoir" :
La Société Civile pour une
nouvelle conception du pouvoir articulée autour de l'intérêt général
(ndlr : déclaration de
politique générale)
Excellence Monsieur le Facilitateur,
Excellence messieurs les Présidents des commissions, Honorables membres de léquipe
de la Facilitation, Distingués invités, Chers compatriotes Délégués, Mesdames,
Mesdemoiselies, Messieurs.
Voici déjà de longues années que notre peuple souffre et
est humilié. Des guerres succèdent aux guerres, les unes toujours plus meurtrières et
absurdes que les autres , entrainant chacune son cortège de misères, de nombreuses
pertes en vies humaines, des épidémies et endémies, la destruction des infrastructures
socio économiques, la criminalisation véritable catastrophe humanitaire sans
précédent. Le Président du Malawi, S. E. BAKILI MULUZI na pas hésité, il y a
quelques jours, devant cette tribune, de qualifier la guerre actuelle en République
Démocratique du Congo de "Crime contre lhumanité".
Pendant plus de quarante ans, la population congolaise
na cessé de faire les frais des politiques égoïstes et liberticides de ses
dirigeants. Aujourdhui cest la dignité même de lhomme congolais qui
est atteinte. Notre pays est devenu une curiosité pitoyable, au point quêtre
Congolais est aujourdhui synonynie dopprobre, de malédiction, de honte...
Lheure est arrivée de mettre fin à tout ce gâchis,
de réveiller notre conscience et de comprendre une fois pour toutes que la guerre
nest et ne sera jamais la solution aux problèmes humains. Pour nous
Société/Forces vives, seul le Dialogue franc et sincère, cherchant en toute vérité le
bien supérieur de la Nation peut nous permettre de dépasser les ambitions personnelles
et égoïstes pour nous hisser réellement à la hauteur des défis de la paix et du
développement de notre pays.
Voilà pourquoi la Société Civile/Forces Vives considère
que la vérité simpose à nous aujourdhui en des termes impérieux:
"ARRETONS CETTE GUERRE INJUSTE ET INUTILE, ARRETONS CE MASSACRE GRATUIT DE FEMMES,
DHOMNMES ET DENFANTS, AYONS EN MEMOIRE DANS TOUTES NOS DISCUSSIONS CETTE
HECATOMBE SANS PRECEDENT!"
Chers Compatriotes,
La voie des armes nous a conduits à limpasse. Seule la
voie de la raison peut nous aider à conjurer le sort malveillant qui a entrainé notre
déshumanisation. Recourir aujourdhui à la palabre africaine est hautement
symbolique. Nous croyons au pouvoir salvateur de la parole échangée dans le respect et
la dignité. Oui, il est préférable de se disputer que de sentretuer. Hier,
plusieur s dentre nous navaient entre leurs mains que la capacité de nuire,
de détruire et de diviser. Aujourdhui à Sun City faisons tous ensemble triompher
avec humilité la volonté de construire, de rassembler, de nous réconcilier les uns avec
les autres.
Que nos curs se laissent émouvoir par les horreurs de
la guerre et investir par lesprit damour et de pardon ! La guerre naissant
dans lesprit des hommes, cest dans lesprit des hommes que doit naître
le désir de paix et de réconciliation, il faut privilégier les valeurs qui élèvent
lhomme et remettre en question les turpitudes qui nous esclavagisent et nous
chosifient.
Le Dialogue nest pas la voie des faibles et des
lâches. Il est la marque dhumanité, dintelligence, de lucidité et de
maturité. Il faut bannir, grâce au mode de décision par consensus, tout esprit de
domination, tout complexe de supériorité ou dinfériorité. La destinée de notre
pays est entre nos mains, alors que le Congolais de nimporte quelle couche sociale
est convaincu que son avenir est soumis au jeu du hasard, aux injonctions extérieures.
Le dialogue nest possible que si notre dépendance vis
à vis des forces extérieures nentraîne pas chez nous des tendances à développer
des attitudes dorgueil ou dagressivité, des rapports de vassalité envers les
autres délégués. Il importe donc que la "logique de composantes" soit
respectée, leur indépendance et autonomie garanties, conformément à lAccord de
cessez le feu de Lusaka. A ce sujet, le rôle du Facilitateur est capital. Il doit se
libérer du militarisme ambiant, maîtriser avec rigueur et équité la police des
débats, éviter de céder au chantage des uns et des autres, faire respecter le
règlement intérieur de manière à promouvoir un mécanisme clair, rigoureux,
transparent de prise de décision et dapplication des résolutions prises ensemble.
Le Dialogue nest pas non plus un marché de dupes:
depuis la signature de lAccord de cessez le feu de Lusaka, que de textes signés
mais violés sans cesse, que de résolutions restées toutes lettres mortes! Notre
responsabilité ne consiste pas seulement à produire de beaux discours. Elle réside
principalement dans une éthique de la parole et de lengagement, dans
lapplication sans tergiversation ni tricherie des conclusions, résolutions et
décisions qui seront prises dans ces assises de la dernière chance. La comédie
congolaise a assez duré. Le peuple en a marre de notre inconscience. Nous avons perdu
beaucoup de temps de Lusaka à ce jour. Chacun de nous doit se faire violence pour
respecter sa signature et assumer réellement les résultats du Dialogue intercongolais.
Cest à ce prix que nous honorerons notre peuple et redorerons le blason congolais
aujourdhui terni.
Dans ce sens, nous sollicitons lappui sans faille de la
communauté internationale. Tout en exprimant notre profonde gratitude et sincère
reconnaissance à lAfrique du Sud, au Facilitateur et son équipe, aux pays de la
SADC, à lOUA, à lUnion Européenne, à lONU et aux organisations non
gouvernementales internationales qui soutiennent matériellement, financièrement et
moralement le processus de paix en République Démocratique du Congo, nous leur demandons
de ne pas reprendre dune main ce quils ont donné de lautre.
Noublions pas que ce sont les hésitations dans la
qualification de cette guerre ("agression" ou "rébellion"?), le refus
de tirer les leçons de léchec de lopération Turquoise et de la mauvaise
gestion de la question des réfugiés, lindécision dans la mise en application des
résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies, au regard des
conclusions des Rapports sur les pillages des ressources, des violations massives des
droits de lhomme entraînant de fortes pertes de vies humaines qui ont contribué au
pourrissement de la situation. Tout ceci laisse transparaître une certaine indifférence
et une politique de deux poids, deux mesures.
La Société civile/Forces vives ose espérer que la
communauté internationale va peser de tout son poids pour quaucun Congolais ne
prenne en otage le processus politique engagé à Sun City et que les forces extérieures
(troupes étrangères, maffias financières et politico militaires, institutions
internationales) ne compromettent pas la réconciliation nationale et le nouvel ordre
politique en RDC. Tout ceci laisse transparaître une certaine indifférence et une
politique de deux poids, deux mesures.
La Société Civile/Forces Vives ne le dira jamais assez: le
Dialogue intercongolais appelle le Dialogue inter-burundais en cours, le Dialogue
inter-rwandais, le Dialogue inter-ougandais, le Dialogue inter-angolais et le Dialogue
inter-zimbabwéen.
Il faudrait désormais éviter le transfert de la convoitise
et des conflits internes des autres pays africains vers la République démocratique du
Congo. Comme il faudrait éviter que lirresponsabilité des gouvernants congolais ne
constitue une source permanente dinsécurité pour les pays voisins! Sortons de la
politique de lautruche et mettons nous chacun devant ses responsabilités avec les
sanctions qui simposent en cas dentêtement. Quoi quil arrive, le peuple
congolais nacceptera jamais une aliénation quelconque.
Le spectacle honteux du pillage des ressources congolaises et
de massacres à grande échelle des populations congolaises (environ 4 millions de morts)
donne une piste incontestable de résolution de la crise de souveraineté. Il est grand
temps de sortir du bavardage pharisaïque, de mettre hors détat de nuire les forces
étrangères opérant illégalement en République démocratique du Congo et de mettre en
application les dispositions du chapitre septième de la Charte des Nations Unies.
La crise de légitimité et de gouvernance interpelle au
premier chef les élites congolaises représentées ici par les cinq composantes et les
composantes additionnelles. Notre drame réside essentiellement dans lopportunisme,
lirresponsabilité, la légèreté, légoïsme, le clientélisme,
lextraversion, le manque desprit nationaliste et patriotique qui nous
aliènent et détruisent notre pays.
Le Dialogue intercongolais ne peut donc pas se limiter à un
simple partage du pouvoir. Le partage des postes ne peut opérer à lui tout seul un large
rapprochement de tous les Congolais et la renaissance du Congo. Il faudra être
suffisamment inventif pour définir ensemble les mécanismes adéquats de réconciliation
basés sur la triple exigence de justice, de pardon et de réparation, la mémoire
historique de la majorité silencieuse. Au delà des postes censés "à
pourvoir", il faudra insister sur une nouvelle conception du pouvoir articulée
autour de lintérêt général et du respect du bien commun, des valeurs de la
démocratie et des droits de lhomme, de la libéralisation effective de
lespace politique, de la lutte contre limpunité et larbitraire sous
toutes ses formes, de la fin de la crise symbolique avec la tenue des élections libres,
démocratiques et transparentes.
Il faudra établir et faire respecter les règles de jeu
dune transition politique sereine, consensuelle et équilibrée par rapport à la
"logique de composantes" privilégiée par 1Accord de cessez le feu de
Lusaka. Il faudra créer des "garde fous" pour éviter quune nouvelle
démence nentraîne le pays tout entier à la dérive.
La Société civile/Forces vives veillera à ce que les
problèlnes constitutionnels, les questions relatives à la paix et à la concorde
sociale, aux structures dencadrement de la transition et à la formation dune
armée républicaine soient traitées avec rigueur selon les aspirations mêmes des
populations quelle représente à ces assises, en hommage à tant de personnes
modestes qui ont accepté de donner leur vie pour que survive le Congo, son intégrité,
son unité et sa souveraineté: jeunes et vieux, femmes, hommes et enfants, lettrés et
analphabètes. Pour tous ceux qui sont morts, victimes directes ou indirectes de cette
crise, environ quatre millions, la Société Civile/Forces Vives vous invite à vous lever
pour observer une minute de silence.
La population de notre pays tend désespérément ses bras
vers Sun City, cette cité du soleil dont elle attend son salut. Elle vous prie de prendre
pour mot dordre de ces assises cette injonction qui nous a été faite lors de la
cérémonie douverture: "La paix demain, signifie la mort
aujourdhui!".
Sans sacrifice, sans renoncement à soi même, sans esprit
douverture, il ny aura pas de paix véritable. Laissons nous interpeller par
le cri pathétique et lancinant de tous nos compatriotes de Boma à Uvira, de Zongo à
Sandoa, de Tshikapa à Aru... La paix, tout de suite, hic et nunc, immédiatement! Le
peuple attend de ces assises un accord de paix qui est la
suite incontournable de lAccord de cessez le feu qui ne peut plus continuer à nous
régir si nous ne voulons pas pérenniser la dislocation et la liquéfaction même de
notre Etat.
Excellence Monsieur le Facilitateur
Excellence Messieurs les Présidents des commissions,
Honorables membres de léquipe de la Facilitation,
Distingués invités,
Chers compatriotes Délégués,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Permettez nous, nous, Société civile/Forces vives, par
respect pour les autres composantes et de part notre ferme engagement, de rêver dun
dialogue intercongolais réussi pour un Congo nouveau où le peuple respirera la paix,
répandra la paix, vivra dans la paix, travaillera dans la paix, ne ruminera même pas la
vengeance tout en accomplissant un devoir historique de mémoire: "Plus jamais
ça" pourra t il crier sans cesse;
Un Congo nouveau où le peuple ayant retrouvé sa dignité,
nacceptera plus de se faire spolier, massacrer et humilier gratuitement sur le sol
de ses ancêtres;
Un Congo nouveau où le peuple aspirant au bonheur,
transformera lépée du sanguinaire en faucille du semeur de paix dans un élan de
reconstruction nationale, faisant de lespace national un bassin de vie;
Un Congo nouveau où réconcilié avec lui même, le peuple
pourra enfin se choisir les dirigeants quil mérite, bâtir une terre de convivance
et de convivialité, une véritable maison damour, de paix et de prospérité;
Un Congo nouveau où le peuple retrouvant sa pleine
identité, vivra sans terreur et sans naïveté sa foi en son pays, en lhomme et en
Dieu son créateur.
Au nom de la Société civile/Forces vives, je vous remercie
de votre aimable attention,
Fait à Sun City, le 8 mars 2002,
Pour la Société Civile/Forces Vives,
Le Président Chef de délégation
Rév. Dr. Jean Luc KUYE NDONDO WA MULEMERA
Le secrétaire rapporteur
Mme Gertrude BIAYA NDAYA KAZADI
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