Au
nom du gouvernement de la République Démocratique du Congo, nous aimerions remercier
individuellement chacun de vous qui, dans un élan patriotique, a su transcender les
différends dordre divers afin de privilégier avant tout lintérêt
supérieur de la Nation. Il est aussi, pour nous, un devoir de rappeler à votre intention
la lourde responsabilité qui nous incombe pour la réussite de ces assises. Notre
vu le plus cher est de voir chacun de nous placer ces assises sous le signe de
lunité, de la concorde et de la réconciliation nationales, ainsi que de
lamour de notre chère patrie. Nous voudrions également exprimer notre gratitude à
lOrganisation des Nations Unies, à lOrganisation de lUnité Africaine,
à lUnion Européenne, et à Sir Ketumile Masire, ainsi quà tous ceux qui se
sont impliqués personnellement ou à travers leurs organisations ou pays respectifs dans
la facilitation pour la tenue de ce forum. Leurs efforts témoignent de lamitié
quils portent envers notre pays et notre peuple. Quils soient rassurés que
cet investissement naura pas été vain, car, malgré toutes les hésitations du
départ, Sun City devra être le tournant décisif, si pas la dernière étape de ce long
processus. Nous ne manquerons pas non plus de saluer chaleureusement les dirigeants et
tout le peuple sud-africains pour ce beau cadre quils nous offrent, marquant ainsi
leur volonté daccompagner tout le peuple congolais dans ses efforts de
réconciliation nationale. A tous nos compatriotes, enfin, où quils se trouvent,
nous leur demandons de soutenir ces assises, qui devront jeter les bases dun Congo
nouveau où il fera beau vivre pour tous.
Comme vous le savez, nous nen sommes
pas à notre première expérience de négociations politiques. Plusieurs occasions
sy sont déjà prêtées. Vous vous rappellerez les conférences de Léopoldville,
dAntananarivo, de Coquilathville et le conclave de Lovanium, la Conférence
nationale souveraine, le conclave et les concertations politiques de Kinshasa. Lors de
toutes ces rencontres, nos hommes politiques ont eu, certes, à se parler, mais, ces
assises nont été que des rendez-vous manqués. A la base de tous ces échecs se
trouvent toujours les mêmes causes, produisant les mêmes effets. Certains parmi nous ici
présents y ont participé et ont le devoir patriotique de nous édifier là-dessus pour
permettre à nos assises de ne pas tomber dans les erreurs du passé. De ces causes, nous
citerons principalement la confiscation des droits du peuple, le triomphe de
lexclusion et des intérêts égoïstes. Ainsi, au lieu de bâtir le pays, nos
compatriotes se sont préoccupés de leur propre positionnement politique à travers la
formule magique du partage du pouvoir, avec plusieurs constitutions taillées sur mesure
et la formation de divers gouvernements qui ont tous échoué. Tirant les leçons de tous
ces échecs et conscient du désir ardent de notre peuple de vivre désormais heureux sur
la terre de ses ancêtres, le Gouvernement de la République, en accord avec toutes les
composantes que vous représentez, a tenu à ce que ce forum soit le plus représentatif
possible pour lui conférer le plus de chance de réussite. Cest ce qui explique
notre insistance sur le respect strict du caractère inclusif du Dialogue National pour
permettre à toutes les forces sociales et politiques de sy retrouver. Nous
remercions donc la facilitation et toutes les composantes davoir accepté, à la
demande expresse du gouvernement, limplication dans ce processus des combattants
Maï-Maï et des délégués des confessions religieuses.
Nous voici aujourdhui réunis très
loin de notre pays, pour discuter et trouver les solutions aux problèmes qui hantent
lavenir de notre peuple. Notre pays est malade, très malade. Mais, lon ne
peut prescrire une thérapeutique efficace qui conduit à sa guérison que si le
diagnostic des maux qui le rongent est posé par nous tous réunis ici sans complaisance.
A notre humble avis, notre pays souffre actuellement de deux maux majeurs qui donnent
limpression dêtre liés alors quils demeurent complètement distincts.
Il sagit, dune part, du déficit de légitimité qui marque son évolution
politique depuis son accession à lindépendance en 1960 et, dautre part, la
guerre dagression déclenchée le 02 août 1998 par nos voisins de lEst : le
Rwanda, lOuganda et le Burundi, guerre qui, plus tard, donnera naissance à deux
mouvements rebelles : le Rassemblement Congolais pour la Démocratie et le Mouvement de
Libération du Congo. En ce qui concerne le déficit de légitimité, celui-ci part de la
destitution du premier Gouvernement élu qui, après lassassinat du Premier Ministre
Patrice Emery Lumumba, a donné naissance à des contestations et des mouvements
revendicatifs qui se sont traduits par des rebellions et des sécessions qui ont conduit
à des conciliabules politiques de toutes sortes. Le coup dEtat militaire de 1965 et
la longue dictature qui sen est suivie aggraveront la situation et plongeront le
peuple congolais dans un dénuement total. La tentative de réconciliation amorcée par la
Conférence nationale souveraine ne résoudra pas léquation congolaise. La guerre
dagression daoût 1998 viendra estomper lespoir né de la libération du
17 mai à laquelle tout le peuple congolais avait adhéré et participé activement et
dont lartisan principal, Mzee Laurent Désiré Kabila payera de son sang le 16
janvier 2001 pour la défense des intérêts du pays. Laffrontement à trois
reprises, à larme lourde, en plein cur du Congo, à Kisangani, des armées
rwandaises et ougandaises et les résolutions du Conseil de Sécurité qui sen sont
suivies, plus particulièrement la 1304, sont venues prouver à suffisance que la guerre
en République Démocratique du Congo constituait une agression avérée au regard des
dispositions en la matière de la Charte des Nations Unies et du Droit International.
Voilà bientôt quatre ans que notre pays,
la République Démocratique du Congo, croupit sous cette guerre meurtrière. Les
massacres à grande échelle, les viols, les vols, le pillage systématique de ses
richesses et ressources naturelles sont devenus le lot quotidien dans la partie sous
occupation. Le chiffre effrayant de 3.600.000 morts depuis le début de cette guerre,
chiffre rappelé par le Médiateur du conflit en République Démocratique du Congo, le
Président zambien Lévy Mwanawasa doit interpeller nos consciences.
A ces maux, il faut ajouter les
déplacements forcés des populations à lintérieur comme à lextérieur du
territoire national et la dégradation croissante de lenvironnement
socio-économique aggravant de ce fait la pauvreté, les maladies de toutes sortes dont le
Sida, la tuberculose, le paludisme et le choléra, bref les conditions de vie déjà
précaires de nos populations. Pendant ces quatre années, plusieurs efforts ont été
certes déployés en vue de trouver une solution heureuse à cette crise. Hélas, toutes
ces tentatives nont pu réussir à restaurer la paix et à apporter à notre peuple
le bonheur tant attendu ; ceci pour diverses raisons avancées par les uns et les autres.
Que des chemins parcourus de Victoria Falls à Genève, pour atterrir aujourdhui à
Sun City en passant par Syrte, Gaborone, Addis-Abeba, Abuja, Bruxelles
et jen
passe. La paix, cest aussi et avant la justice. Et notre peuple a droit à la
justice. Cest pourquoi le Gouvernement soutient lidée déjà évoquée aux
assises de Gaborone dintroduire, le moment venu, une requête auprès des Nations
Unies pour
linstitution dun Tribunal
Pénal International pour le Congo. Que dactes posés par le Gouvernement de la
République pour aplanir les sentiers susceptibles de conduire à la réconciliation
nationale et au retrait ordonné des troupes étrangères de notre pays. Au nombre de
ceux-ci, nous pouvons citer :
- la relance du processus de paix de
Lusaka,
- la libéralisation de lespace
socio-politique et du secteur économique,
- ladoption de la charte congolaise
des droits de lhomme et la libération des prisonniers dopinion
- les concertations directes avec toutes
les parties congolaises,
- la signature et la mise en uvre du
pacte républicain,
- le soutien du caractère inclusif du
dialogue national,
- les contacts directs avec les pays
agresseurs,
- lacceptation de collaborer avec le
tribunal pénal international pour le Rwanda,
- la désarmement et le cantonnement à
Kamina de près de 2.000 éléments armés rwandais et la proposition de la mise en place
dune commission internationale denquête sur la présence des groupes armés
sur le territoire de la République Démocratique du Congo, en vue de contribuer à la
recherche de solution aux revendications sécuritaires du Rwanda.
- La signature dun protocole
daccord avec la République du Burundi pour la normalisation rapide de nos
relations. Aujourdhui, loccasion nous est donnée damorcer un véritable
dialogue tel que prévu par lAccord de Lusaka, un dialogue inclusif, en vue
daboutir à une transition inclusive, prémisse dun nouvel ordre politique et
institutionnel. Avant de donner la vision du Gouvernement de la République Démocratique
du Congo en rapport avec les questions essentielles reprises au Point 5.5 du Chapitre 5,
lAnnexe A de lAccord de Lusaka, relatif au Dialogue Inter congolais,
permettez-nous de mettre en exergue les causes de cette guerre. La guerre dagression
déclenchée par le Rwanda, lOuganda et le Burundi contre la République
Démocratique du Congo le 02 août 1998, trouve ses origines dans le plan de domination
politique et dexploitation économique de notre pays comme la prouvé à
suffisance le rapport des Nations Unies sur les pillages des ressources naturelles du
Congo. Lélément détonateur de cette guerre demeure sans conteste la mesure
courageuse que Mzee Laurent Désiré Kabila avait prise à la fin du mois de juillet
1998 mettant fin à la coopération militaire rwando-ougando-burundaise, en réponse au
cri de détresse de notre peuple qui était lassé par larrogance, les tracasseries
de tous ordres et les violations massives et répétées des droits de lhomme par
les militaires rwandais, ougandais et burundais. En réaction à cette mesure souveraine
du gouvernement congolais, le 02 août 1998, la coalition rwando-ougando-burundaise a
matérialisé son plan quelle a tenté de faire accréditer comme une rébellion
interne. Pour ce faire, cette coalition montera, de toutes pièces, deux semaines plus
tard le Rassemblement Congolais pour la Démocratie pour servir dalibi politique au
Rwanda et le Mouvement de Libération du Congo plusieurs mois après pour justifier la
présence des troupes ougandaises. Après des négociations fort laborieuses, les parties
impliquées dans la guerre en République Démocratique du Congo ont signé un Accord de
cessez-le-feu en dates du 10 juillet, 30 juillet et 31 août 1999, à Lusaka, en Zambie.
Cet Accord prévoit la tenue du Dialogue National entre le gouvernement de la République
Démocratique du Congo, le Mouvement de Libération pour le Congo, le Rassemblement
Congolais pour la Démocratie, lopposition politique non armée et les forces vives
de la nation. Au cours de ces négociations, les participants vont examiner entre autres
les questions relatives au nouvel ordre politique, à la formation de lArmée
Nationale restructurée et intégrée, le projet de constitution de la Troisième
République et les questions électorales.
Sagissant du nouvel ordre politique,
il y a lieu de noter que le Congo, notre pays, souffre dune longue et grave crise de
légitimité qui remonte à lassassinat de Lumumba.
Cest pourquoi, il nous semble
impérieux de tout mettre en uvre pour régler définitivement cette question.
Pour y arriver, la seule voie
incontestable est lorganisation rapide des élections libres, démocratiques et
transparentes afin que notre peuple, seul détenteur de la légitimité, puisse la
conférer aux gouvernants. Ainsi, croyons-nous, de cette manière, vider une fois pour
toutes, le débat sur la légitimité des uns et des autres.
Comme lorganisation des élections
requiert une préparation consensuelle et une confiance réciproque, garantie de la
transparence et de léquité, le Gouvernement estime que cette période de
transition qui commencera à la fin du Dialogue National, devra être la plus courte
possible.
Le Gouvernement est pour linclusion,
léquilibre et la séparation des pouvoirs, ainsi que la stabilité des institutions
pendant la Transition.
Comme la dit le Président de la
République dans son message du 26 janvier 2002, la Transition devra être inclusive et
ouverte à toutes les sensibilités politiques.
Quant aux élections, elles se feront tout
naturellement sous
la conduite dune Commission
Electorale Indépendante en collaboration avec les institutions du pays et dont la durée
ne devra pas excéder 24 mois.
Les Cours et Tribunaux doivent
bénéficier dune indépendance
totale. Le Gouvernement de la République
Démocratique du Congo est pour un régime présidentiel dans un Etat unitaire fortement
décentralisé durant la période de transition.
En ce qui concerne la formation de
lArmée Nationale, le Gouvernement est pour la mise en place dun Etat-major
intégré qui se chargera de la finalisation de ce projet. Nous sommes venus dialoguer,
cest-à-dire, nous parler en toute franchise pour apporter des solutions concrètes
et durables à la crise qui secoue notre pays. Cet exercice exige de nous tous beaucoup de
patience, de sincérité, damour, de tolérance et surtout beaucoup de patriotisme,
en mettant lintérêt supérieur de la Nation bien au-dessus des intérêts
individuels, car rien ne peut se construire dans la haine, la vengeance et lorgueil.
Il est bon de rappeler ici avec insistance que le Dialogue National nest pas à
confondre avec une assemblée constituante législative, sa nature ayant été clairement
définie par lAccord de Lusaka, à savoir un cadre des négociations politiques.
Il sagit, en fait, dun espace
privilégié dune véritable réconciliation nationale, un laboratoire doù
notre peuple attend des solutions concrètes et durables pour mettre fin à
loccupation dune partie du territoire national par les armées étrangères
dune part et la réunification de notre pays dautre part. Ce forum doit aussi
permettre de ramener la paix, gage de linstauration dun ordre nouveau,
préalable au développement intégré du pays. Le Gouvernement rend hommage au peuple
congolais tout entier et réitère ses sentiments de solidarité et damour à
légard des populations vivant dans les territoires occupés. Lattention de
notre peuple tout entier est focalisée sur ces travaux. Ce peuple qui a enduré tant de
souffrances ne doit pas être déçu. Cest dire que notre responsabilité est
historique. Nous navons donc pas droit à lerreur. Concrètement, nous devons
garder à lesprit que le peuple attend de ces assises
- premièrement, le retour à la paix, qui
passe obligatoirement par le retrait ordonné des troupes étrangères et la
réunification du pays. En dautres termes, la fin de la guerre dagression, car
il nous est impossible dappliquer les résolutions du Dialogue dans un contexte
doccupation ;
- deuxièmement, la mise en place de tous
les mécanismes consensuels qui conduisent à lorganisation des élections libres,
transparentes et démocratiques après un délai court et réaliste de transition.
Notre propos a stigmatisé le passé
politique de notre pays jalonné des rendez-vous manqués avec lhistoire. Le
Gouvernement a tenu à rappeler que le Dialogue National devra demeurer le lieu des
négociations politiques des Congolais de toutes les tendances pour une vraie
réconciliation nationale.
Nous avons mis en exergue les causes de la
guerre dagression contre la République Démocratique du Congo. Nous avons donné la
vision du Gouvernement en rapport avec les questions essentielles du Dialogue prévues au
Chapitre 5 de lAccord de Lusaka. Nous avons enfin démontré que les résolutions du
Dialogue National resteront lettres mortes si les troupes rwandaises et ougandaises
continuent à occuper notre pays à la fin de ces assises.
Cest pourquoi le Gouvernement en
appelle à la Communauté Internationale et à lONU pour quune forte pression
soit faite à lendroit du Rwanda et de lOuganda pour le retrait immédiat et
sans condition de leurs troupes de notre territoire.
Le Gouvernement de la République
Démocratique du Congo pour sa part ne ménagera aucun effort pour participer pleinement
à ces assises. Notre souhait , Chers Compatriotes, est que Sun City soit inscrite en
lettres dor dans les annales de lhistoire de notre pays pour avoir servi de
cadre à la réconciliation du peuple congolais avec lui-même. Le peuple congolais nous
regarde. Le peuple congolais attend. Le peuple congolais espère.
Que Dieu bénisse la République Démocratique du Congo
et nous apporte sagesse.