| La République démocratique du Congo est l'un des foyers les plus
remarquables d'Afrique Noire en matière d'art traditionnel. La qualité de ses oeuvres,
la variété des es styles et l'abondance de sa production en font un centre de richesses
artistiques exceptionnelles. On dénombre une cinquantaine de styles différents, liés
aux tribus. Ils portent le nom de la tribu où ils ont été élaborés et où l'on a
conservé pendant de longues années la fidélité à des formes spécifiques. Pour
souligner l'ampleur du patrimoine artistique congolais, nous donnons une vue panoramique
de cet art traditionnel en regroupant les foyers artistiques. Nous n'abordons ici que les
plus grands; il en existe bien d'autres, non moins riches. L'art du
Bas-Congo peut être synthétiquement désigné sous le nom d'art Kongo. La région a subi
une forte influence européenne sur le plan artistique. Mais la vitalité de l'art
autochtone a gardé son identité, même dans l'interprétation dse éléments étrangers,
tels les crucifix. L'art Kongo est connu grâce à sa statuaire en bois étroitement liée
aux croyances magiques. On y trouve également d'autres oeuvres sculptées sur bois :
cannes de chefs, chasses-mouches à manche richement orné, poires à poudres de chasse,
couvercles à proverbes ornés de motifs locaux.
Vannerie et poterie font aussi partie des richesses de cette
région. D'autre part, l'existence d'une sculpture sur pierre, spécifiquement funéraire
et rare en Afrique Subsaharienne, mérite d'être mentionnée. Ces statues funéraires
dites habituellement mintadi (ntadi au singulier) sont exécutées en stéatite.
Parmi les nombreux groupes ethniques qui peuplent la région
du Bandundu, les Pende, les Yaka, les Suku, les Holos, les Teke et les Mabala ont conquis
une notoriété internationale. Les Pende sont surtout célèbres par leurs masques. Les
Yaka possèdent une statuaire florissante ainsi que des masques renommés. Les Suku font
des masques-heaumes, surmontés d'une représentation animale. Les Holo excellent dans la
fabrication de "nzambi", figures de culte montées dans un cadre quadrangulaire.
Les tambours à fente, décorés de figurines anthropomorphes sont aussi à leur actif.
Les Teke sont des sculpteurs réputés pour la fabrication des colliers cheffals et la
taille de statuettes.
En Equateur, les ngbandi et les Ngbaka confectionnent des
masques qui portent des scrifications tribales. Ils sont utilisés pour les cérémonies
initiatiques. Le groupe Mongo se distingue par sa production d'objets métalliques
(anneaux, couteaux et lances). ces peuples font aussi des objets en bois, des tambours,
des cannes et des sièges cloutés.
Dans le Haut-Congo, les Mangbetu sont célèbres pour leur
architecture et leur musique. La forme allongée de leur crâne les distingue des autres
peuples et cette déformation se retrouve dans certaines de leurs oeuvres d'art. Les
Azande, à la longue tradition guerrière, produisent de très beaux instruments de
musique et des armes, notamment de magnifiques couteaux de jet. Les Mbole sculptent des
sièges, des cannes, des boucliers et dse statuettes en bois; ils fabriquent aussi de
très jolies nattes agrémentées de teinture végétale. Les Lengola sont connus pour des
figures abstraites aux formes arrondies, qui représentent les ancêtres.
Les Kuba sont le groupe le plus prolifique du Kasaï
occidental. L'art Kuba s'est principalement développé autour de la personne royale.
Cette culture prestigieuse, rendue célèbre par ses masques, ses statuettes royales et
ses "velours du Kasaï" est aussi riche de magnifiques costumes de cérémonie.
La production de masques qui trouvent leur identité lors des rites de passage est un des
éléments les plus remarquables de l'art Kuba.
Parmi les oeuvres caractéristiques du Kasaï oriental,
prédominent masques et statuettes. Les Songye sont des représentants majeurs de cet art
kasaïen, avec leur masque "Kifwebe" qui présente outre la protubérance des
éléments faciaux, une décoration en traits linéaires polychromés. Les Songye sont
aussi réputés pour leurs sièges à cariatides et leur appui-têtes en bois.
Au Kivu, l'art Lega, très lié à la société initiatique
des "Bwami", produit de nombreux masques en bois, ivoire et os d'éléphant. Les
masques et statuettes, caractérisés par leur symbolisme, sont typiques par la concavité
de leur face. L'art Bembe, spectaculaire, présente des masques-heaumes à quatre faces
concaves., séparées en leur milieu par un relief en croix.
Trois grands groupes dominent au Katanga par leur richesse
artistique : les Luba, les Hemba et les Tshokwe. Les deux premiers groupes produisent des
statues d'ancêtres, des cannes de chef, des sièges à cariatides, des masques aux
visages céphalopithèques et des statues janus. Les Tshokwe ont un art particulièrement
esthétique en matière de siège, masques, statues, tambours, sifflets, etc.
Dans toutes ces régions, le matériau le plus usité est le
bois. Viennent ensuite l'ivoire, l'os, les fibres végétales, les métaux: la pierre n'a
été employée que dans le Bas-Congo. Les cauris, les perles, les plumes, les peaux
animales, le kaolin et les couleurs végétales viennent compléter et décorer de
nombreuses réalisations. Les caractéristiques communes à la plupart de ces oeuvres sont
intéressantes :
- fidélité à la loi de la frontalité (symétrie par rapport à un axe
vertical);
- rareté de l'expression personnelle de l'artiste qui exploite un thème
communautaire;
- composition monoxyle ou monolithique;
- version synthétique de la réalité;
- tendance à l'idéalisation;
- rareté de la représentation des groupes.
Il faut enfin remarquer un aspect très important de l'art
traditionnel : c'est un art essentiellement fonctionnel. Beaucoup d'objets qui témoignent
d'une recherche esthétique réelle sont purement utilitaires. D'autres sont directement
liés à l'autorité politique ou au domaine religieux. Masques et statues ont des
fonctions initiatiques et rituelles, mais aussi commémoratives et représentatives. La
diversité de ces fonctions et significations appartient au caractère complexe de l'art
négro-africain. |