GauActu.jpg (21015 octets) Droitebandeau.jpg (54419 octets)
Revue Pistes et Recherches

PISTES ET RECHERCHES

Revue Scientifique

 

L’APPORT DES MASQUES DANS LA CIRCONCISION

Cas de la société traditionnelle Yaka.

 (MBALA Manzembe et BAKATA Ibula, Assistants à l'Institut Supérieur Pédagogique de Kikwit)

(suite)

 

2. LES PRÉPARATIFS à LA CIRCONCISION

Tout homme yaka est circoncis à l’âge de la puberté, ou un peu avant ou après. La circoncision dans les sociétés ancestrales est une étape capitale de la vie, une initiation à la vraie vie, une naissance à la nouvelle vie.

Avant la circoncision qui est-on donc ? Sinon une femmelette, un enfant ! Après la circoncision par contre, on devient parfaitement homme. " Les Arouches  ne croient-ils pas à un changement de l’âme au cours de la circoncision… "(BAUMANN, H., et al., 1967) ? C’est pour ainsi dire que l’homme doit grandir. Ce passage de l’enfant à l’adulte que nous appelons ici la circoncision exige une préparation.

Avant la circoncision, on doit connaître le nombre d’enfants qui seront circoncis. Les parents des néophytes doivent se préparer à la circoncision : achat de viande : poule, bouc, poisson etc., qui serviront pour la fête d’ouverture. Chaque parent doit choisir un Kitapa (le " circonciseur ") de son enfant. Chaque enfant reçoit de son oncle le " lupemba " : un cadeau qui peut être un bouc, une chèvre, un coq, un symbole pour éviter un accident éventuel.

Le jour fixé étant arrivé, tous les néophytes doivent se trouver dans un camp érigé pour la circonstance.

En cet endroit, les nouveaux circoncis " Tundansi " passent un à deux jours. L’entrée au camp initiatique est strictement interdite aux femmes.

Pendant ce temps, les jeunes gens déjà circoncis lors d’une précédente n’khanda, les Tulombusi, et qui, en échange reçoivent les intestins des animaux tués à la chasse et de nombreux cadeaux, à la fin de la n’khanda.

Ces leçons se déroulent toujours devant une assistance nombreuse de la part des autres hommes du village, qui s’y rendent même abandonnant leur petit travail. C’est là certainement l’une des raisons de la popularité de cette institution et de sa persistance : la n’khanda est en quelque sorte le club des hommes du village. C’est donc dire qu’on ne peut toucher à aucun aspect de l’éducation coutumière, que ce soit à l’éducation sociale, morale intellectuelle, religieuse ou esthétique, sans toucher en même temps au problème des initiations (ERNY, P., 1972).

Quand chacun a bien appris son rôle , soit le chant, soit le tam-tam, soit la danse et quand certaines obligations envers les organisateurs de la n’khanda Kazudi et N’lopo sont remplies, alors les Tundansi et Tulambusi se préparent à la finale de la n’khanda. C’est-à-dire , une tournée de danse dans les villages de Bayaka proches ou éloignés, en fonction du programme préalablement établi à l’avance.

 

3. LA CIRCONCISION PROPREMENT DITE

Le jour de la circoncision venu, les candidats doivent aller se laver très tôt matin, habillés en jupes de raphia (masabala), se oignent de kaolin rouge (nkula) et mettent des perles.

La circoncision a lieu tôt le matin. Le " circonciseur " (Kitapa) s’habille en sorcier. Le candidat s’assied sur le mondo en même temps que le batteur de tam-tam qui entonne la chanson :

Samba twabukwené é
Samba twabukwené é
(sans arrêt)

ce qui signifie :

Nous avons coupé la prépuce
Nous avons coupé la prépuce

Le Kapita est le premier à être circoncis et la mbala le dernier. Le candidat à la circoncision ne peut pas pleurer quand on coupe la prépuce sous risque de se faire huer et injurier par ses parents.

Après la circoncision, les nouveaux circoncis sont placés dans la case autour du feu. Un des " circonciseurs "  (Kitapa), le plus sage, est choisi pour les nourrir. Ainsi, avant de servir les circoncis, il doit d’abord manger lui-même, puis il peut les servir en utilisant la pointe de couteau qui a servi à la circoncision. Cette nourriture veut dire que les circoncis ne doivent pas mourir parce que le prépuce a été coupé et le sang a coulé.

Après trois jours, les nouveaux circoncis doivent aller se laver dans une grande rivière, habillés de la même façon qu’au début de la circoncision. En route, le Kapita se met devant et la mbala derrière. Quand un circoncis ne veut pas nettoyer sa plaie, ce sont les deux précités qui le font à sa place.

De temps en temps, pour se distraire, ils tendent des pièges. Les bêtes capturées appartiennent à toute la communauté. Cette vie communautaire crée entre les membres une sensibilité, un courant de réceptivité aisément perceptible. Comme dit DE BEIR, L., (1975) : ils ont des antennes par lesquelles, ils captent les dispositions et les impressions du bloc du clan, des impulsions extrêmement puissantes, parfois extrêmement dangereuses : on dirait une télépathie communautaire qui, au moindre mouvement, fait vibrer la sensibilité de tous les individus.

Si par contre un de nouveaux circoncis ou un nombre de sa famille est décédé, on n’informe personne jusqu’à la clôture de n’khanda.

 

Page précédente Home Sommaire Page suivante