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Kabila le Héraut de la libération
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Kabila le Héraut de la libération de André Shikayi et Blaise Sary, Editions Les Nouvelles Afriques

EXTRAIT

Introduction de la seconde partie du livre sur KABILA LE HERAUT DE LA LIBERATION

"AFDL était un conglomérat des aventuriers qui n'avaient comme but que de piller les richesses du pays".

En janvier 1999 Kabila a prononcé cette phrase sans frémir au Palais de la Nation. Etait-ce un aveu de l'échec de sa révolution? Pourquoi a-t-il décidé unilatéralement d'enterrer l'AFDL (Alliance des forces démocratiques de libération) qu'il a tant chérie durant toute la marche dite de libération? 
Pourquoi a-t-il résolu de liquider le mouvement qui, faut-il le redire, lui a permis de sortir de l'ombre, de chasser Mobutu par la voie des armes et d'accéder au pouvoir à la tête du pays? Pourquoi a-t-il discrédité l'AFDL, qu'il avait décrétée la seule autorité politique de transition. Comment est-il finalement parvenu à détruire cette Alliance au nom de laquelle, le 17 mai 1997, il s'est autoproclamé Président de la République démocratique du Congo?
En effet, en défiant tout le monde depuis cette date, et pris par l'ivresse de son pouvoir, Kabila a multiplié maintes maladresses politiques et s'est vu enserré dans les mailles de la résistance des forces politiques internes et externes qui se sont opposées à sa tendance à faire cavalier seul sur l'échiquier national et régional.
D'abord, les mobutistes qui avaient minimisé sa révolution ,alors qu'il les avait avertis sur les enjeux de celle-ci, et qui n'avaient pas manqué de pécher par leur attache à un mobutisme ne faisant plus recette ont choisi de lui faire aussi leur guerre après le constat de leur erreur politique le lendemain du 17 mai.Ils ont commencé à le harceler pour se faire une place.
Dans les rangs de l'opposition dite radicale, ensuite, la marche de libération fut, on le sait, accueillie de façon ambiguë. Dans un élan d'étourdissement, bien des partis politiques avaient acclamé Kabila sans cependant admettre la logique du pouvoir unique. Ils avaient continué à chérir à la fois les acquis de la CNS et les bénéfices procurés par la force des armes dans la lutte contre Mobutu. Le lendemain de la chute de ce dernier, les principaux partis avaient préféré finalement s'inscrire dans l'opposition à Kabila.
La société civile, très activiste, elle aussi, n'a jamais admis d'être exclue du partage de pouvoir. Elle a continué à revendiquer l'ouverture politique, en s'inscrivant dans la logique d'un nouvel ordre qui devait être négocié.
Autrement dit, éloignées du train de Kabila, toutes ces forces politiques internes ont été courroucées; et elles ont entrepris de réclamer la démocratie qui n'est toujours pas au rendez-vous et elles continuent à réclamer le consensus national. Kabila traîne les pieds, il refuse de reconnaître le bien-fondé de cette demande politique et les accuse d'avoir collaboré avec le régime mobutiste.
D'autre part, sur le plan extérieur, dans ses rapports avec ses alliés d'hier, il s'est fait vite controverser et indésirable. Accusé des parjures et d'inefficacité politique, il est devenu dans l'espace de quelques mois, le "cheval que l'on avait emmené à un abreuvoir mais qui n’a pas su boire"! 
Ces alliés qui tendaient à co-gouverner avec lui un pays sur lequel ils nourrissent encore de tant d'ambitions, n'ont pas admis le virage solitaire de leur ancien protégé. Dès lors, comprimé à l'intérieur du pays où l'enthousiasme de son succès militaire baisse, et scié par l'environnement régional, Kabila est devenu un épouvantail.
Sa révolution a perdu de sens sur le plan politique et a engendré une dynamique nouvelle qui, finalement, tient compte de nouveaux enjeux rencontrés dans l'exercice du pouvoir. Cette dynamique politique interne l'ayant obligé à regarder autrement les accords signés dans le passé à Lemera, il s'est attiré le courroux de ses amis d'hier qui le prennent pour une nouvelle cible.
Le bataillon de révolutionnaires de l'AFDL qu'il avait associé à la gestion du pouvoir n'a pas manqué aussi de pécher par l'irréalisme et par le dogmatisme d'exclusion contrariant avec l'idéal de libération espérée. Ces soi-disant révolutionnaires qu'il avait traînés avec lui durant sa guerre de AFDL ont ressemblé à un monceau composite sans dénominateur idéologique commun et sans une même vision de la révolution.
Avec eux, il lui est apparu difficile de les faire porter le lourd étendard du nouvel ordre politique. Nombreux sont ceux qui, dans l'essaim, se sont laissés tenter par la voie paroissiale de la parodie patrimonialiste et des orgies clientélistes. Ils se sont faits remarquer par trop d'ambition et de manque d'expérience politique engendrant des conflits des clans et une incapacité d'acquérir vite le réflexe de la parole et de la pratique politique. Nombreux d'entre-eux ont cédé, et faute de mieux faire, ils ont donné à la révolution un caractère réducteur et utilitariste de nature ethniste et provincialiste. Un cafouillage sur les rôles des uns et des autres s'est installé rapidement en affichant l'impression que la révolution de l'AFDL était une grande farandole initiatique des impubères politiques.
Dans l'absence d'une vision claire de ce qu'ils voulaient à la tête de l'Etat, ils ont perdu tout crédit aux yeux de l'opinion nationale et internationale.
Ainsi, compte tenu de ces faits, les stratèges politiques ont conclu en effet que Kabila épouvante; il fait l'objet d'un doute sur sa capacité à être une alternative valable. Les capitaux se sont faits frileux et les partenaires occidentaux et africains ont adopté l'attitude des conspirateurs. Ils ont conjugué le verbe "attendre voir" en se réfugiant derrière d'innombrables raisons.
La population congolaise aussi, impatiente de jouir des mannes de la libération n'a pas hésité à jouer le chaud et le froid. Elle a demandé à Kabila d'opérer un miracle, de transformer vite sa misère quotidienne en bien-être immédiat. Elle veut aussi vite jouir des dividendes de la révolution en la manière de l'essaim qui se sert déjà avec une gloutonnerie des oisillons. Elle a raison. Kabila avait tant promis! Mais devant la montagne des difficultés à s'affirmer dans le rôle d'alternative à Mobutu, il a choisi de s'imposer une nouvelle religion politique dont la doctrine est fondée sur le tribalisme, le clientélisme, le totalitarisme et l'anti-occidentalisme. La libération et le changement sont ainsi morts avant l'âge de maturité! C'est ainsi que l'AFDL qui a porté Kabila au pouvoir est devenue en peu de temps le porte-malheur, «un conglomérat des aventuriers» dont il était lui-même le Président.
Cette situation d'échec a sans doute eu une conséquence logique qui s'est traduit par des abus et des erreurs dans la gestion du pouvoir au lendemain du 17 mai 1997. Ces abus et ces erreurs ont ramené le pays à la case départ: un trou noir, une misère atroce, un profond désespoir. Et en l’absence d’un projet de société crédible, Kabila a mis en place des «Comités de pouvoir populaire», un nouvel espace politique dont la mission est de donner au peuple l'illusion d'être associé à la prise de décision.
Mais au-dela de cette parodie politicienne, le pays est replongé dans la crise profonde provoquée par la nouvelle rébellion avec laquelle il doit compter. La radicalisation de nouveaux mouvements armés qui contrôlent une partie du territoire national est une nouvelle donne qui pèse de tout son poids dans la définition de nouveaux contours de l’espace politique stable. 
Kabila doit compter également avec la volonté internationale de l’isoler tant qu’il ne digère pas les règles de la bonne gouvernance. Cette distance que les démocraties occidentales gardent à son égard posent problème sur le plan international dans un contexte d'une recomposition du leadership dans la région de l'Afrique centrale par la force des armes.
Afin de sauver sa révolution, il est obligé de prendre la mesure de tous ces paramètres pour asseoir son pouvoir.
Sa solution semble se reposer sur les nouvelles alliances militaires africaines qui sous-traitent la sécurité nationale congolaise. Et pourtant, des tentatives de paix dans les différentes parties chaudes de l'Afrique démontrent que ces alliances ne sont pas une solution. L'enjeu est de grande taille. Le pays gardera-t-il son unité et son intégrité territoriale devant cette guerre alors que tout ce climat politique compromet tous les efforts de reprise socio-économique et politique du pays à l'aune de laquelle la population jugera la pertinence de la "libération"?
Cette seconde partie aborde ces différentes questions et invite le lecteur à découvrir comment toute la ligne de la marche de Kabila est façonnée par une juxtaposition des espoirs, des incompréhensions, des déchirements, des inquiétudes et des déceptions. Le livre contribue à immortaliser cette période politique, brise le silence et offre à la progéniture les pages politiques qui risquent d'être défigurées demain, en l'absence des témoignages vécus.
En Afrique noire, ce que l'on dit a souvent plus d'importance et de puissance que ce que l'on fait. C'est là le mystère de la parole. Nous avons voulu la (parole) transcrire pour qu'elle demeure. Mais toutefois les opinions restent toujours les opinions avec leur part du réel et de l'imaginaire.

TABLE DES MATIERES

LES HISTOIRES DES REBELLIONS DE LAURENT DESIRE KABILA

CHAPITRE 1: LES REPERES DE KABILA AVANT L’AVENEMENT DE L’AFDL

1.1.La plaine de la Ruzizi: espace et enjeux

1.2.Les vérités et contre vérités de Hewa Bora

1.3.La mort politique du rebelle

CHAPITRE 2: LA RESURGENCE D’UNE NOUVELLE REBELLION AU KIVU

2.1.Les signaux avant coureurs de la rébellion

2.1.1.L’embargo politique sur le régime

2.1.2.Le pourrissement de la gestion des affaires de l’Etat

2.1.3.L’émergence de l’idéologie xénophobe

2.2.Les effets boule de neige

2.2.1.La révolte dite Banyamulenge

2.2.2.Les visées territoriales du Rwanda sur le Kivu

CHAPITRE 3. DE LA REVOLTE DES TUTSIS A L’ALLIANCE POUR LA LIBERATION DU CONGO

3.1.Kisase et Kabila, deux jokers dans la guerre

3.2.Le plan d’invention punitive mise en pratique

3.3.La naissance de l’AFDL, un bon  alibi

3.4.Les hésitations de Kinshasa, une aubaine pour Kabila

3.5.La rébellion ou une guerre à plusieurs casquettes

CHAPITRE4. KABILA A LA TETE DE LA MARCHE DE  LIBERATION

4.1.La réduction de l’influence des parrains

4.2.Le contrôle de la direction politico-militaire de l’AFDL    

4.3.La structuration de l’Alliance à son profit

CHAPITRE 5. LE CONFLIT DE L’EST SUR LE SCENE INTERNATIONALE

5.1.Kigali et Kampala accusés d’agression contre le Zaïre

5.2.L’impasse des premiers Sommets diplomatiques

5.3.Le triomphe de l’option de Clinton

5.4.L’activation du Tutsi-Power

5.5.L’échec de la diplomatie souterraine de Mobutu

5.6.L’échec des bons offices de Tshisekedi

CHAPITRE 6. LA COURSE DE KABILA VERS LE TRONE DE REVE

6.1.Le nettoyage des poches des réfugiés Hutus

6.2.La chute de la forteresse de Kisangani

6.3.L’idée d’un coup d’Etat de palais

6.4.Les espoirs trahis de Mahele

6.5.Les bons en avant de Kabila

CHAPITRE 7. LE TEMPS DE L’OPTION D’ALLER NEGOCIER

7.1.La proposition de partage équilibré du pouvoir

7.2.Le tortueux chemin de la négociation

7.3.L’intrasigeance politique de Kabila

7.4.La valse dissonante de la Troïka

7.5.Oetenika 1 ou le face-à-face attendu

7.6.Pointe-Noire et Libreville ou deux fausses notes

7.7.Oetenika 2 ou un non lieu

CHAPITRE 8. LA VICTOIRE MILITAIRE DE L’AFDL SUR  MOBUTU

8.1.La reddition des forces armées Zaïroises

8.2.L’envol de l’Aigle de Kawele

8.3.La mort expiatoire de Mahele

8.4.La destruction des symboles du mobutisme

PARTIE 2: LAURENT DESIRE KABILA: PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE  CONGO

CHAPITRE 9: LES INCOHERENCES DES VAINQUEURS ET LES  REACTIONS DE   L'OPPOSITION

9.1.Les erreurs des  vainqueurs

9.1.1.La neutralisation du processus de démocratisation

9.1.2.Les violences et les violations des droits de l'homme

9.1.3.Le conflit de leadership au sein de l'Alliance

9.1.4.L'imposition des leçons de gestion communiste

9.2.Les réactions de l'opposition

9.2.1.Le désir de participer à la transition

9.2.2. le refus d'un nouveau messianisme

CHAPITRE 10: LES FAIBLESSE DE LA REVOLUTION DE L'AFDL

10.1.L'amateurisme et le tâtonnement                 

10.2.Le clientélisme et le débauchage infructueux

10.2.1.Le débauchage au sein de l'UDPS

10.2.2.Le débauchage au sein du groupe des nationalistes

10.2.3.Le débauchage au sein de l'Intelligentsia

10.2.4.Le débauchage des fils-à-Papa

HAPITRE 11: LA RUPTURE UNILATERALE ET PREMEDITEE DES ACCORDS DE LEMERA

11.1.La rupture des accords politiques et financiers

11.2.La figuration du rôle politique des Tutsis

11.3.La seconde mort de Kisase

11.4.L'humiliation et la neutralisation de Masasu

11.5.La renonciation à l'assistance militaire des Tutsis

11.6.L'étouffement des Tigres Lunda

CHAPITRE 12. LA NOUVELLE RELIGION POLITIQUE DE KABILA

12.1.Le tribalisme sous l'ombre du nationalisme

12.1.1.Au niveau du gouvernement

12.1.2.Au niveau des entreprises

12.1.3.Au niveau de la diplomatie

12.1.4.Au niveau de la sécurité

12.1.5.Au niveau de l'armée et de la police

12.2.Le lobby Lubakat:source d'inspiration du régime

12.3.Les comités de pouvoir populaire : parti-Etat

12.4.Les forces d'autodéfense populaire: Guérilla urbaine

12.5.La lutte idéologique anachronique contre l'Occident

CHAPITRE 13. LE CONSTAT DE L'ECHEC DE LA PSEUDO-REVOLUTION DE KABILA

13.1.L'état des lieux

13.1.1.La déliquescence de l'Etat et de l'économie

13.1.2.La rébellion RCD et Mlc ou le revers de la médaille

13.2.Les failles des solutions en cours

13.2.1.Les accords de Lusaka ou le sursis

13.2.2.Le difficile dialogue intercongolais

13.2.3.L'assemblée constituante                

13.2.4.La partition de fait du territoire

13.2.5.La seconde sécession  katangaise

CONCLUSION: SAUVER LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO