Vingt-troisième anniversaire de la mort de
Pierre Mulele Un témoignage de Léonie Abo.
Martens, Ludo. Une Femme du Congo. Bruxelles: EPO, 1991
(272p.) (auto)biographie. ISBN: 2 87262 046
15 août 1945. Malungu, un grand camp de coupeurs de
noix de palme, qui travaillent sur les palmeraies de la Compagnie du Kasaï. Des dizaines
de cases en pisé bien alignées. Au loin la rivière Kwilu chantonne. Accroupis dans la
pénombre autour des braises du feu, des hommes tendent l'oreille. D'une hutte leur
parviennent des gémissements, des pleurs, un bruissement affairé de pagnes. La
sage-femme, après avoir coupé le cordon ombilical à l'aide d'une lame de rasoir, saisit
entre les doigts une pincée de cendres de bois de palmier et les applique sur la blessure
pour stopper l'hémorragie. Elle est contente, la sage-femme. Rarement, elle a délivré
une petite fille aussi adorable et robuste. Tout sera pour le mieux si maintenant l'enfant
accepte le nom que sa mère lui a trouvé. Labon, la femme qui vient d'accoucher, a fait
un songe, il y a quelques mois. Abo, une tante décédée il y bien des années, lui a
révélé qu'elle reviendrait bientôt parmi les siens. Chez les Bambunda, chaque
nouveau-né incarne l'esprit d'un mort. Il importe donc de l'appeler par son véritable
nom.
Si on lui donne un nom qui ne convient pas, le bébé
s'agite, pleure et proteste violemment. Il faut alors consulter le féticheur pour
découvrir l'identité exacte de la revenante. Précautionneusement, la sage-femme souffle
le mot 'Abo' à l'oreille du bébé. Et, malheureusement, l'enfant sourit. Son nom est
bien Abo, ce qui, dans la langue des Bambunda, veut dire: le Deuil
Léonie Abo, la femme de Pierre Mulele, parle de son
enfance au village, de l'école coloniale, du mariage traditionnel. Puis sa prise de
conscience au cours des cinq années vécues dans le maquis. Toutes les femmes africaines
se reconnaîtront dans ce témoignage. L'insurrection paysanne au Congo-Zaïre, en
1963-1968, a ébranlé le monde entier (P.IV)
Ce livre a été lancé à l'occasion de la 12 ème
édition du Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou (FESPACO) en 1991.